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Critiques / Opéra & Classique

Dans la malle aux merveilles

par Christian Wasselin

Célimène Daudet et Amanda Favier célèbrent à leur manière la Première guerre mondiale en jouant les musiques contenues dans la malle de Lucien Durosoir, violoniste, compositeur et soldat.

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Musique, guerre, soldats, prisonniers : aussitôt vient à l’esprit le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen, écrit par le compositeur alors qu’il était prisonnier dans un stalag de Görlitz, et créé dans le même stalag le 15 janvier 1941. Mais Célimène Daudet (au piano) et Amanda Favier (au violon) n’ont pas l’habitude de parcourir les sentiers battus. Elles ont arpenté par la mémoire les champs de bataille et sont parties sur la piste de Lucien Durosoir (1878-1955), brillant violoniste à la carrière internationale, envoyé au front en 14. Car au milieu de la fureur guerrière, une malle était là, transportée parmi le barda des soldats. Une malle aux merveilles : celle de Durosoir, précisément, qui, sur ordre du général Mangin, constitua un ensemble instrumental (avec des musiciens tels que Maurice Maréchal ou André Caplet) qui pût jouer pour toutes les occasions possibles : trêves, moments de repos, funérailles improvisées, etc.

Durosoir avait des goûts éclectiques : œuvres de ses contemporains Debussy et Ravel, partitas de Bach, pages diverses de Jean-Marie Leclair ou d’Henry Dumont, etc. Les deux musiciennes ont puisé dans ces centaines de feuillets jaunis mais bien vivants, et ont imaginé à la fois un programme de concert, qui circule de ville en ville à la faveur de la célébration de la Grande Guerre, et un enregistrement*. Au programme : des pages de compositeurs célèbres (Ysaÿe, Caplet, Fauré, Florent Schmitt), des œuvres écrites par Clara Schumann et Lili Boulanger (Durosoir affirmait que les femmes sont indispensables à la manifestation du génie humain, mais nous ne reprendrons pas ici le débat sur la musique-habitée-par-la-sensibilité-féminine, qui a d’autant moins d’intérêt que ces œuvres sont belles parce qu’elles sont belles, voilà tout), sans oublier des pièces écrites par des musiciens qui ne demandent qu’à être connus et reconnus : Eugène Cools, Fernand de La Tombelle, Alfredo d’Ambrosio. Quant aux Cinq aquarelles composées par Lucien Durosoir, elles le furent dès 1919, le musicien ayant décidé, à partir de cette époque, de se consacrer à la composition.

Toutes ces pages, assez brèves pour la plupart, laissent un parfum de tendresse, de douleur et de nostalgie quand on songe aux conditions dans lesquelles elles ont été jouées. On les écoutera aussi pour elles-mêmes, d’autant qu’elles sont servies par le bel élan d’Amanda Favier et par cet art des couleurs et de la fougue réglée caractéristique de Célimène Daudet. Comment ne pas fermer les yeux et tout imaginer en écoutant Ferme tes yeux bleus de Fernand de La Tombelle ?

* Dans la malle du poilu, 1 CD Arion ARN 68828.

Prochains rendez-vous avec La Malle du poilu (www.danslamalledupoilu.com) : 24 août, cathédrale de Vaison-la-Romaine ; 27 août, Hôtel des ventes d’Arcachon ; 4 septembre, Institut français de Thessalonique ; 25 septembre, Panama (Teatro Ateneo) ; 4 octobre, Pacy-sur-Eure ; 20 octobre, Arcachon (Olympia).

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