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Critiques / Opéra & Classique

DIALOGUES DES CARMELITES de Francis Poulenc

par Caroline Alexander

Mireille Delunsch salue en toute fidélité les sacrifiées de la foi

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Elles sont décidément dans l’air du temps ces sacrifiées de la foi que Francis Poulenc (1899-1923) puisa dans le scénario-testament posthume de Georges Bernanos (1888-1948). En attendant qu’Olivier Py les fasse monter sur l’échafaud en décembre prochain au Théâtre des Champs Elysées, elles créent l’événement simultanément à l’Opéra de Lyon et sur les scènes d’Angers-Nantes Opéra.

La production nantaise a vu le jour au printemps dernier à Bordeaux dans la belle et sobre mise en scène de la soprano Mireille Delunsch. Pour Nantes et Angers elle a conservé ses décors, ses costumes mais la distribution a été rafraîchie par de nouvelles voix.

Ces carmélites héroïques sont nées d’un fait divers historique : en 1794, au temps de la Terreur, seize religieuses d’un couvent de carmélites de Compiègne furent exécutées à la guillotine. Ce drame inspira à Gertrud von Le Fort, romancière allemande, un texte intitulé La Dernière à l’échafaud (Die letzte am Schafott). Georges Bernanos en tira une trame romanesque autour du personnage fictif de Blanche de la Force (en référence au nom de la romancière) Il devait en faire un film Sa mort en 1948 mit fin au projet. Jacques Hébertot le mit en théâtre. Poulenc le convertit en livret en résonance mystique avec sa musique. Une musique sombre, grave où le lamento des cuivres se moule sur les mots, où les harmonies reflètent le désarroi des prières et la lutte du bien contre le mal. Et la peur. La peur de Blanche qui se réfugie au couvent pour échapper aux révolutionnaires, une peur viscérale qui la poursuit depuis l’enfance - « je suis née dans la peur, j’y ai vécu, j’y vis encore » - qui la mènera à la révélation de la foi et au sacrifice de sa vie.

Créé à la Scala de Milan en langue italienne en février 1957, le Dialogues des Carmélites vit le jour en version originale française quatre mois plus tard à l’Opéra de Paris.

Mireille Delunsch glissant du rôle de chanteuse à celui de metteur en scène tourne le dos aux modes des transpositions qui font enjamber les siècles. Elle reste ancrée dans les lendemains de la révolution de 1789, ses bruits, ses fureurs qui traversent les murs jusqu’à atteindre le huis clos feutré d’un couvent. Rudy Sabounghi, scénographe et décorateur ayant accompagné les noms les plus illustres du théâtre – Grüber, Grinda, Berutti, Lassalle - habille les scènes de symboles, Dominique Borrini les éclaire en magicien. Un tableau du Caravage (La Madone des Pèlerins) trône dans le salon du père de Blanche, le couvent aux murs de pierres grises se meuble d’une longue table de cène tandis qu’un florilège de bougies saupoudre l’espace, bougie isolée à la flamme tremblotante, bougies groupées aux lueurs inquiètes, rangées de cierges comme autant de remparts vacillants. Les costumes, comme les décors, sont fidèles à leur temps, sobres et riches à la fois.

Mireille Delunsch connaît la musique au sens propre comme au figuré, elle sait ce qu’implique le fait de chanter et de jouer à la fois. Justesse et naturel guident sa direction d’acteurs avec une jolie dose de légèreté qui rend les personnages d’autant plus émouvants. La diction est soignée chez chacun, chez chacune, les mots et les notes sonnent clairs. Les sur-titrages se lisent en écho.

Anne-Catherine Gillet est Blanche. Celle que Nicolas Joël, au temps où il dirigeait le Capitole de Toulouse, avait surnommé la « princesse de Liège » (ville où elle est née), s’est depuis imposée comme l’une des plus lumineuses sopranos d’aujourd’hui. Sa Blanche est gamine, à la fois fille de la peur et du courage, enfant gâtée, ballotée en fusion avec Constance, l’insouciante, son amie, sa sœur de foi à laquelle la jeune Sophie Junker apporte sa fragilité, sa fraîcheur et sa gaieté. Hedwig Fassbender, mezzo-soprano allemande au medium rayonnant apporte une belle autorité à Mère Marie de l’Incarnation, celle qui survivra, qui racontera. L’autre mezzo, l’autrichienne Doris Lamprecht, en Prieure agonisante, impose la densité de sa présence jusqu’au dernier souffle. Catherine Hunold, Hélène Lecourt, Christine Craipeau complètent la distribution féminine en homogénéité. Du côté des hommes Frédéric Caton et Stanislas de Barbeyrac, respectivement marquis et chevalier de la Force, père et frère de Blanche, allient la noblesse du baryton à la jeunesse triomphante du ténor.

A la tête de l’Orchestre National des Pays de Loire, Jacques Lacombe fait superbement vibrer le mélange de mysticisme et de sensualité de la musique de Poulenc, dosant ses effets - cordes et cuivres - avec pudeur et raffinement. En prime l’excellente prestation des chœurs d’Angers-Nantes Opéra et de l’Orchestre National des Pays de la Loire

Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc d’après Georges Bernanos et Gertrud von Le Fort, Orchestre National des Pays de Loire, direction Jacques Lacombe, chœurs d’Angers Nantes Opéra et de l’Orchestre National des Pays de Loire, directions Xavier Ribes et Valérie Fayet. Mise en scène Mireille Delunsch, décors et costumes Rudy Sabounghi, lumières Dominique Borrini. Avec Anne-Catherine Gillet, Doris Lamprecht, Sophie Junker, Hedwig Fassbender, Catherine Hunold, Hélène Lecourt, Christine Craipeau, Frédéric Caton, Stanislas de Barbeyrac, Mathias Vidal, Philippe-Nicolas Martin, Marc Scoffoni, Jean-Jacques L’Anthoën, Eric Vrain .

Nantes – Théâtre Graslin les 15, 17, 20 octobre, 5 et 7 novembre
02 40 69 77 1
8

Angers - Le Quai les 15 et 17 novembre
02 41 22 20 20

www.angers-nantes-opera.com

Photos Jef Rebillon

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