Accueil > D’autres Orphées

Critiques / Opéra & Classique

D’autres Orphées

par Christian Wasselin

Un disque d’Hasnaa Bennani et de l’Ensemble Stravaganza réconcilie Ariane et Orphée et brosse un portrait de la cantate française à l’âge baroque.

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

FILS D’APOLLON, Orphée a fécondé toute l’histoire de la musique et a contribué, via Peri, Monteverdi et quelques autres, sans oublier Gluck un siècle et demi plus tard, à la naissance et à la renaissance de l’opéra. En attendant qu’un compositeur écrive un Orphée essentiel dans les saisons qui viennent, on écoutera l’enregistrement que nous offrent la soprano Hasnaa Bennani et l’Ensemble Stravaganza, qui nous révèle des compositions méconnues inspirées du mythe d’Orphée. A commencer par Rameau, qui n’a pas écrit d’opéra sur ce thème mais s’est contenté d’une « cantate à voix seule et symphonie » datée de 1721 (douze ans avant Hippolyte et Aricie), qui raconte la remontée d’Orphée des enfers et la manière dont il perd son Eurydice, le tout s’achevant sur une manière d’impatience rageuse. La voix expressive et claire d’ Hasnaa Bennani fait la part de la musique et du drame, de la volupté et de la tristesse. Elle est tout aussi convaincante dans Ombre de mon amant, un air de cour composé par Michel Lambert en 1689, qui pourrait passer pour une ayre de William Byrd.

On passe à la musique instrumentale avec la Sonate n° 1 en ré mineur d’Élisabeth Jacquet de La Guerre, vaste composition en sept mouvements qui s’ouvre sur un Grave d’une belle mélancolie et contient une Aria confiée au violon dont le profil a tout d’un air d’opéra plein d’énergie contenue, sans qu’il ait rien à voir avec un quelconque lamento. C’est ainsi également que la Chaconne de Marin Marais extraite des Trios pour le Coucher du Roy, qui clôt ce disque, est d’un allant qu’on attendrait pas dans un pareil contexte.

Quant à la cantate Ariane de Philippe Courbois, compositeur mort à l’âge de vingt-cinq ans, elle est écrite « à voix seule et un violon », c’est-à-dire à voix seule avec un ensemble instrumental d’où se détache un violon – mais aussi deux traversos (flûtes traversières) qui font merveille dans le premier air noté « fort lent ». Il s’agit ici de l’une des deux pages essentielles de ce disque avec l’Orphée de Rameau. Cette cantate reprend, comme la précédente, la coupe en trois récitatifs et trois airs qui sera encore celle, au XIXe siècle, qu’on imposera aux jeunes musiciens concourant pour le Prix de Rome (les cantates de Berlioz en portent la trace). L’Ensemble Stravaganza, avec le violon nerveux de Domitille Gilon, y brille et s’y épanouit, mais on aurait aimé qu’une troisième cantate ou deux ou trois airs viennent étoffer un enregistrement subtil, élégant, captivant, mais un peu bref dans son propos.

« Ariane et Orphée ». Hasnaa Bennani, soprano ; Ensemble Stravaganza. 1 CD Muso mu-009.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.