Accueil > Connaissez-vous Anthony Holborne ?

Critiques /

Connaissez-vous Anthony Holborne ?

par Christian Wasselin

Hopkinson Smith, à la faveur d’un récital consacré à Dowland, nous fait connaître la musique d’Anthony Holborne, ami du précédent.

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’EST TOUJOURS UNE VOLUPTÉ, dans notre époque de bruit et de fureur, d’aller entendre un musicien de la classe d’Hopkinson Smith (né en 1946) qui a le don de nous faire rêver à l’aide d’un simple instrument à cordes pincées : le luth. Dans la très belle salle Cortot et son bois chaleureux, l’instrument sonne avec une délicatesse et une précision bienvenues mais force l’attention ; car le luth reste le luth et, malgré l’intimité de la salle, demeure un instrument sans grande projection, d’autant qu’Hopkinson Smith, quand bien même il accorderait son instrument non pas en sol mais en fa pour lui conférer davantage de matière, joue la sobriété et ne fait rien pour donner un tour sentimental à son interprétation. Tel est « le style brisé du luth », comme le décrit Vincent Dumestre, qui fut l’élève d’Hopkinson Smith.

Un programme de luth élisabéthain ne peut se dispenser de faire entendre des pages de John Dowland (1563-1626), le musicien anglais le plus célèbre de cette époque, auteur notamment de songs et d’ayres poignants. Hopkinson Smith sacrifie à cet usage, et c’est avec plaisir qu’on entend des pages aussi variées que le pittoresque Shoemaker’s Wife, le tendre Mignarda ou encore cette Fantaisie du fort fameux Gregorio Huwet, qui pare d’harmonies étranges un thème emprunté à un joueur de luth originaire d’Anvers, Gregorio Huwet (parfois orthographié Howet ou Huet).

Remuant et rêveur

Mais Hopkinson Smith tient à nous montrer que Dowland n’est pas seul dans son siècle. Si John Johnson nous captive moins, la bonne surprise de la soirée réside en ces quelques pages d’Anthony Holborne (1545-1602), ami de Dowland, qu’on nous permet de découvrir. Le remuant Mad Dog ou des pages plus rêveuses comme It Fell on a Holy Eve ou Heigh Ho Holiday sont de belles découvertes. Elles viennent enrichir notre connaissance d’une époque qui, faut-il le rappeler, est aussi celle de Shakespeare et d’une reine Elisabeth, la première, qui pratiquait elle-même le virginal et le luth.

On a dit le peu d’intérêt manifesté par Hopkinson Smith pour l’effet. Son récital est cependant un moment alterné de science et de pédagogie, avec des commentaires dits en français d’une voix douce, mais aussi des éléments de rituel : Smith se levant pour parler, Smith accrochant le baudrier qui porte son instrument, Smith jouant pianississimo quelques mesures pour accorder son instrument. On aurait simplement souhaité que son programme, conçu avec soin, soit un peu plus étoffé ; mais trois bis, il est vrai (dont le mouvant Dream et le très beau Mrs White’s Nothing de Dowland), sont venus s’ajouter comme trois perles à ce sobre et fin collier.

photographie : Hopkinson Smith (dr)

« Le luth élisabéthain » : œuvres de Holborne, Johnson, Dowland ; Hopkinson Smith, luth. Salle Cortot, 3 octobre 2016.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.