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Critiques / Théâtre

Comme vider la mer avec une cuiller de Yannick Jaulin

par Gilles Costaz

Les religions passées au peigne fin du conteur

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Conteur et comédien, Yannick Jaulin a largement fait éclater la forme du conte et et des spectacles en forme d’adresses au public. Pas seulement parce qu’il était au départ un rockeur vendéen et qu’il a entretenu avec le public un rapport très original sous différents formes (notamment dans son domaine « Le Nombril du monde » à Pougnes-Hérisson). Mais parce qu’il se situe au carrefour du monde populaire et du monde savant comme personne. Il puise dans la vie comme dans la mythologie, cause avec les types qu’on voit au café et avec les archétypes. Cette fois, il recueille à grandes brassées les récits religieux, les secoue, les réécrit, les distord et les redresse, les prend au piège de leurs légendes, les admire ou les conteste, les applaudit ou les repousse. Il les passe au peigne fin, les brosse comme on tanne la peau d’un animal. Voilà la Bible, le Coran, les textes des pères de l’Eglise, le roman des Croisades, les écrits des théologiens de tous bords, les informations de l’historiographie d’antan et de l’histoire moderne ! Le point de départ de cette nouvelle virée dans le passé et le présent des croyances, c’est l’Annonciation, dont l’image due à Fra Angelico est reproduite en fond de scène. Quel message l’Ange a-t-il annoncé à la Vierge ? Il lui a appris qu’elle allait mettre au monde au fils de Dieu mais il nous a demandé à tous de changer et de devenir des êtres humains plus soucieux de spiritualité. C’est en substance ce que dit Yannick Jaulin.
Peut-être a-t-il tort de nous conseiller, de façon directe, de revenir à la spiritualité. L’ironie tendre qu’il déploie dans l’analyse et la mise en lumière des faits et des pensées sont en elles-mêmes une une matière riche et complexe où le spectateur s’invite à faire son choix - être ou ne pas être sensible à ces appels au dépassement métaphysique. Ce qui nous embarque ici, c’est la manière Jaulin, sa causticité douce qui tord le cou aux légendes et au sérieux, sa quête de vérité qu’il partage en direct, son air de lutin qui garde son air angélique au cœur de la cruauté, son art des images et des comparaisons qui relient la nuit des temps au temps d’aujourd’hui, ses intonations d’homme des bourgs (de non-bourgeois ! ) qui transforment l’exposé le plus savant en fête populaire. La mise en scène de Matthieu Roy enveloppe le conteur d’une lumière de nuit et le tient à distance, la présence de la violoniste Julie Mellaert amplifie la dimension de dialogue et le contexte artistique. Dans ses autres spectacles, Jaulin est plus près de nous, il va plus vers nous. Cette fois, on ose moins rire. Mais sa fresque de la croyance avant et après Jésus-Christ, et au-delà de la chrétienté, n’en est pas moins pleine de rires et d’explosifs délicats. Avec lui, rien n’est plus drôle que la vie, la mort et l’au-delà.

Comme vider la mer avec une cuiller de et avec Yannick Jaulin, mise en scène et dramaturgie de Matthieu Roy, composition musicale de Morgane Houdemont, assistante à l’écriture et à la mise en scène : Valérie Puech, lumières de Guillaume Suzenet, son de Jean-Bernard André et Fabien Girard, costumes de Noémie Edel, avec l’auteur et Julie Mellaert (violon).

Bouffes du Nord, 19 h, tél. : 01 46 07 34 50, jusqu’au 26 mars. Puis en tournée : (Durée : 1 h 15).

Photo Hervé Jolly.

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