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Critiques / Théâtre

Clouée au sol de George Brant

par Gilles Costaz

La mort moderne des ennemis de l’Occident

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Les pilotes de chasse sont rarement au programme d’une scène de théâtre ! Il y eut pourtant un directeur du secteur privé qui exhuma naguère une pièce de Jules Roy, Cyclone 2, sur ce thème-là et s’en mordit les doigts. Le texte ne passait pas la rampe ! Mais avec ce monologue de l’Américain George Brant, bien traduit par Dominique Hollier, nous ne sommes plus dans le passéisme et l’évocation de guerres anciennes. Nous en sommes en pleine actualité puisque ce récit traite de la lutte des Etats-Unis au Moyen-Orient et des armes actionnées à distance grâce aux avancées de l’informatique. Une femme pilote de l’US Air Force a interrompu son activité pour mettre au monde un enfant. Une fois fini son congé de maternité, elle repart à la base, du côté de Las Vegas, et, là, fâcheuse surprise, elle est affectée dans un bureau. Car, désormais, la guerre pour elle se passe devant des écrans. Elle traquera l’ennemi grâce à l’oeil d’un drone et commandera l’envoi de bombes de la même façon. Elle doit accepter et, peu à peu, ne sait plus faire le partage entre la réalité et la virtualité, le lointain et le proche, sa vie et celles qu’elle observe. Son dérèglement mental est une réaction d’humanité et une désobéissance face à la règle militaire...
Ce n’est pas un grand texte mais le récit est d’une actualité, d’une modernité évidentes, d’une efficacité imparable. Gilles David l’a mis en scène dans le dépouillement et selon une intensité progressive que le jeu et la force du son servent de manière graduelle. Le décor est une sorte de tatami où le personnage livre un combat de plus en plus terrifiant. Pauline Bayle, en uniforme kaki (et en maillot blanc, presque masculin, sous l’uniforme), exprime l’innocence, la confiance, le marcher droit, jusqu’à ce que les certitudes explosent, puis termine ce parcours vers la compréhension par une magnifique violence douloureuse. C’est l’interprétation de Pauline Bayle que l’on applaudit ici avant tout, éclatante dans cet intelligent brûlot lancé contre la guerre moderne.

Clouée au sol de George Brant, traduction : Dominique Hollier, mise en scène de Gilles David, musique de Julien Fezans, lumières de Marie-Christine Soma, décor d’Olivier Brichet, costumes de Bernadette Villard, assistanat de Dominique Hollier, avec Pauline Bayle.

Théâtre les Déchargeurs, 21 h 30, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 26 novembre. (Durée : 1 h 15).

Photo MarinaRaurellpourlepolemedia.

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