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Critiques / Théâtre

Cine in corpore de Guillaume Clayssen

par Gilles Costaz

Le corpus d’images qui est en nous

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Le cinéma rend peu hommage au théâtre, mais le théâtre salue souvent le septième art, qui lui a volé sa prééminence. La scène aime chanter la magie de l’image ! Le spectacle de Guillaume Clayssen, « Cine in corpore », dont le titre dit bien que l’auteur-metteur en scène a le cinéma dans le sang, diffère de ce que l’on a fait jusqu’alors. C’est de la réception des films qu’il parle, de la façon dont ils sont perçus et parfois s’incarnent en nous. La soirée commence par une fantomatique projection de « L’Entrée en gare du train à La Ciotat » des frères Lumière : volontairement, l’on a fait en sorte que les images soient à peine visibles. Il n’y aura pas d’autres extraits de films, mais des moments de cinéma réinventés, passés par le filtre de la mémoire, du jeu d’autres acteurs, des commentaires des spectateurs et des journalistes, ou réduits à l’état de fragments, comme lorsqu’il n’y a qu’un morceau de bande son en français, en anglais ou en italien.

Le public parle, du moins les amis de Clayssen. Pour l’une des jeunes filles, le cinéma la bouleverse plus que la vie. Pour un autre, cela correspond à des rendez-vous très particuliers dans son existence. Les médias parlent à travers des archives : François Chalais interviewe Jeanne Moreau (mais on n’a que le son), Philippe Bouvard interroge Isabelle Huppert qui l’envoie un peu dans les cordes. Les voix de Brigitte Bardot et de quelques autres vedettes surgissent, sans s’attarder. Les acteurs, qui ont la singularité de personnages qu’on voit dans les films noirs ou glamour, évoquent des scènes qui ne sont plus tout à fait ce qu’elles étaient à l’écran : rendez-vous d’amour, animaux fantastiques, Batman qui a perdu un peu de sa superbe…

Guillaume Clayssen a sans doute été surtout marqué par les films en noir et blanc. Son spectacle écarte les couleurs, multiplient les écrans, les tulles, comme un hommage au cinéma des origines. Mais il n’en atteint pas moins la sensibilité et la mémoire de chaque spectateur. Cet immatériel est la matière de nos vies ! Notre conscience et notre inconscient. Le corpus caché dans notre corps. Ce beau voyage dans un imaginaire fait d’imaginaires malaxés par le souvenir est séduisant et troublant. Le revoir serait même nécessaire pour éclairer, à partir de ces divers angles de vision, notre propre histoire avec le cinéma.

Cine in corpore de Guillaume Clayssen, montage images de Julien Crépin et Boris Carré, son de Samuel Mazzotti, costumes d’Emilie Largier, masques de Mélodie Alvez, scénographie de Stéphanie Rapin et Anaïs Valembois, lumières d’Eric Heinrich, maquillage d’Isabelle Vernus, avec Vincent Brunol, Laura Clauzel, Julien Crépin, Viktoria Kozlova, Mathias Robnet-Sapin et Nicolas Laferreire (musicien). Etoile du Nord, tél. : 01 42 26 47 47, jusqu’au 7 décembre. (Durée : 1 h 30).

© photo : Virginie Puyraymond

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