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Reportages /

Christian Lacroix, costumier

par Caroline Alexander

Mémoire et magie des chiffons

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Falbalas, froufrous, volants qui s’envolent, Phèdre en majesté, Carmen électrique, Marianne et ses masques, Othello noir d’encre, Dorabella, Shéhérazade et les petits rats de l’opéra, et même …. Mireille Mathieu, sur des variations de petites robes noires… Personne et personnages habillés par le couturier/costumier Christian Lacroix ont pris rendez-vous au Centre National du Costume de Scène à Moulins sur Allier et y offrent jusqu’au 11 novembre un spectacle ébouriffant de chiffons en état de grâce.

Soies, laines, brocarts et haillons

Il y aura tout juste un an le 1er juillet, naissait ce musée d’un type inédit, structure unique en son genre, tant en France qu’à l’étranger, destinée à la fois à conserver et à exposer ces étranges trésors que sont les costumes qui habillent les arts de l’éphémères que sont le théâtre, l’opéra et le ballet. Dans les 1729 m2 de ses réserves – un bâtiment en béton brut recouvert d’une maille d’acier, façon textile, isolé et climatisé – est rangé, classé, étiqueté un patrimoine de rêve, soit plus de 7000 costumes et accessoires signés des plus grands noms, et, ayant souvent été portés par des artistes de légendes, Callas, Noureev, Domingo, Lifar et autres immortels. Tous les styles, toutes les matières, soies, laines, brocarts, haillons, en peintures, en broderies, superpositions sont enfermés dans d’étranges coffres forts coulissants. Ils proviennent du fonds de l’Opéra National de Paris, de la Comédie Française et de la Bibliothèque Nationale de France. Des toiles provenant de prestigieux décors les complètent. Des Ballets Russes à Jean-Marc Stehlé, de Derain à Wakhévitch, de Jean-Denis Malclès à Yves Saint Laurent, de Carzou à Yannis Kokkos, en passant par Suzanne Lalique ou Lila de Nobili, tous les grands noms des spectacles on trouvé à Moulins leur mausolée de chiffons, de fourrures, de pierreries, de strass et de paillettes…

Situé dans le quartier Villars, en bordure du centre ville, le CNCS s’est posé dans les murs d’un ancien quartier de cavalerie de la fin du XVIIIème siècle, d’abord promis à la démolition puis miraculeusement sauvegardé et classé grâce à son monumental escalier de grès rose. L’architecte Jean-Michel Wilmotte, avec le moulinois Jacques Brudin, en assura les métamorphoses.

Une exposition tous les quatre mois

La vie du Centre est rythmée par ses activités pédagogiques de formation, son centre de documentation et celui de la restauration textile. Tous les quatre mois une exposition s’ouvre au public autour de différents thèmes. Bêtes de Scènes, la première rassembla près de 36.000 visiteurs. Le succès fut vif également pour Théodore de Banville et le Théâtre, hommage à un grand homme et auteur du pays ainsi que pour J’aime les Militaires. Depuis le 3 juin les vitrines et espaces sont occupés par les créatures de Christian Lacroix, couturier, costumier
et, parallèlement, président du Conseil d’Administration des lieux.

L’art d’accomoder les restes

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la haute couture ou le prêt-à-porter de luxe qui ont amené Christian Lacroix aux métiers de costumier de théâtre, mais bien l’inverse. Il en rêvait dès son plus jeune âge, dans sa ville d’Arles où les broderies des toreros lui faisaient tourner la tête, et où, rentré d’un spectacle de théâtre, il en réinventait à sa façon les costumes. C’est dans les coulisses et les ateliers des théâtres qu’il fit ses débuts, bien avant de lancer sa griffe sur le marché des grands faiseurs de mode.

Magnifiquement agencée par thèmes dans d’immenses vitrines comme autant de scènes, l’exposition invite à un défilé de personnages, de répliques, de musiques, d’arias : on y croise Phèdre, Aricie, Thésée, Hyppolite et Bérénice Titus, Marianne et ses Caprices, Othello et Desdémone, et le marchand d’habits des Enfants du Paradis. On voit, on entend Carmen telle qu’elle apparut dans les Arènes de Nîmes, le sulfureux Eliogabalo de Cavalli importé de La Monnaie de Bruxelles, tout comme Il Re Pastore du jeune Mozart, un Don Giovanni créé à Innsbruck, un Don Juan débarqué de Nantes… La dernière salle, dédiée à la danse, se décline sous une gigantesque hauteur de plafond avec une armée de tutus suspendus dans les airs et des bouts de films en noir et blanc projetés sur d’immenses toiles mouvantes.

Christian Lacroix, c’est d’une certaine façon l’art d’accommoder le restes, le génie du collage pour donner vie aux personnages, le don de faire naître des merveilles avec trois fois rien, des bouts de tissus trouvés, récupérés et des cailloux ramassés façon Petit Poucet cherchant sa route dans un atelier de cousettes et petites mains. Le tout traité en bouillonnés savants, en chutes cascadantes, en boutonnés méticuleux, toujours au service d’une idée directrice et des symboles qui s’y rattachent.

A 2h30 de Paris, le CNCS et Christian Lacroix méritent le voyage. Pour, au détour, admirer quelques autres merveilles dont Moulins se pare, sa célèbre tour « Malcoiffée », son tout nouveau Centre de l’Illustration, sa cathédrale où se cache le sublime triptyque d’un maître du XVIème siècle qui n’a jusqu’à ce jour révélé son identité.

Christian Lacroix, costumier au Centre National du Costume de Scène. Quartier Villars, route de Montigny à Moulins sur Allier. Ouvert tous les jours de 10h à 19h –
Renseignements – réservations 04 70 20 76 20

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