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Critiques / Théâtre

Ceux de 14 de Maurice Genevoix

par Gilles Costaz

La guerre jour après jour

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Le centenaire du début de la guerre de 1914-1918 a ouvert des archives oubliées ou inconnues et rappelé certains des grands livres qui lui ont été consacrés à chaud ou peu après le conflit. On n’a, pensons-nous, jamais aussi bien évoqué cette guerre, en entrant profondément dans l’horreur du massacre et dans la détresse des humains, au front et dans les familles privées d’hommes. La compagnie Olivier Lacut et les Déchargeurs ont eu la bonne idée de penser aux livres de Maurice Genevoix. Ce n’est pas un auteur oublié, mais ses témoignages sur la guerre sont sans doute aujourd’hui moins connus que ses romans consacrés à la classe paysanne et à la vie animale Raboliot. Or Genevoix est l’un des premiers reporters de ce conflit qu’il a vécu douloureusement, puisqu’officier d’infanterie en 1914, il resta de nombreux mois au front avant d’être gravement blessé. Dès 1916, il publia son premier livre sur ce qu’il venait de vivre, Sous Verdun. Il devait continuer sa relation jusqu’à constituer un ensemble de cinq ouvrages regroupés sous le titre Ceux de 14.
On pourrait estimer mineure l’entreprise d’Olivier Lacut qui lit, sous la voûte de pierres des Déchargeurs, des extraits toujours différents de ces cinq volumes – et le succès de ce rendez-vous hebdomadaire commencé en septembre lui permet d’aller plus loin encore dans l’exploration de ces volumes. Mais son art de lire sans hâte, mais avec une passion secrète, avec aussi l’amour de cette langue d’écrivain et la capacité de rendre présent ce qui est d’hier, se situe au bon endroit, dans la fraternité et sans pathos. Le timbre de sa voix contient une musique porteuse d’un élan amical par-delà le siècle écoulé auquel on ne peut pas ne pas être sensible. Le livre à la main, devant une petite table où figurent un journal de l ’époque et une petite bougie, Olivier Lacut dit le réveil quotidien des soldats, la vie dans l’eau et la boue, la faim tenace, le sentiment de solitude auquel personne n’échappe, les attaques, les blessures, les camarades qui ne se relèveront jamais... Olivier Lacut a conçu l’ensemble comme un feuilleton. On peut venir suivre la guerre et le récit de Genevoix semaine après semaine. Peu de gens pourront venir à chaque épisode, sans doute, mais ne venir rien qu’une fois donnera un goût très vif de ce théâtre lu, de cette plongée dans une œuvre et dans l’Histoire. Une voix d’écrivain et une voix d’acteur atteignent l’osmose la plus attachante.

Ceux de 14 de Maurice Genevoix, mise en scène et interprétation d’Olivier Lacut, collaboration artistique de Delphine Darvenne.

Les Déchargeurs, 19h30 tous les jeudis, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 16 avril. Durée : 55 minutes. (Le spectacle est dédié à Sylvie Genevoix, fille de l’auteur, morte l’an dernier. Son mari, Bernard Maris, vient de mourir à son tour ; il est l’une des victimes de l’attentat perpétré à la rédaction de Charlie Hebdo).

Crédit Michel Pourny.

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