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Critiques / Opéra & Classique

Carousel de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II

par Caroline Alexander

Quand trop de dialogues parlés nuisent à la musique...

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Selon un sondage effectué par Time Magazine en 2000, la comédie musicale préférée des Américains serait Carousel d’Oscar Hammerstein II et Richard Rodgers, les super duettistes du musical, signataires de quelques triomphes planétaires comme Oklahoma, The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur) ou The King and I (Le Roi et moi).

Carousel n’avait pas été présenté sur une scène française. Fidèle à sa politique de découvertes et redécouvertes de ce répertoire, Jean-Luc Choplin, patron du Châtelet a voulu en offrir la primeur aux spectateurs de Paris avec un spectacle tout neuf coproduit par Opera North de Leeds en Angleterre.

On en attendait donc beaucoup. La déception fut à la mesure de l’attente. Carousel, inspiré de Liliom, une pièce du dramaturge hongrois Ferenc Molnar – Fritz Lang en tira en 1934 un film légendaire - est une machine hybride ou les dialogues parlés occupent plus de temps et d’espace que le chant et la musique – dont quelques airs célèbres trottent dans toutes les têtes, comme la valse du Carousel de l’ouverture – semble plus gonflée qu’entraînante. Il y flotte comme une volonté de quitter la comédie légère pour musarder du côté du grand opéra. Le résultat reste à mi-chemin de l’un comme de l’autre.

L’histoire est tragique : le beau Billy est bonimenteur d’un manège dans un village de pêcheurs du Maine. Il tombe amoureux de Julie et se fait aussitôt congédier par sa patronne jalouse. Julie est renvoyée de son collège pour mauvaise conduite. Ils sont sans le sou, mais ils s’aiment et se marient. Pour subvenir aux besoins de leur futur bébé, Billy se laisse embarquer par un malfrat dans une agression qui tourne mal. Billy, désespéré, se suicide et va au paradis. Il reconnaît ses erreurs, en récompense il gagne le droit de redescendre sur terre pour accompagner sa fille déjà âgée de 15 ans…

Le mystique se mêle au folklore des petites gens du port et ne fait pas toujours bon ménage. Les dialogues semblent interminables entre deux songs délicatement pétris par les bons faiseurs de mélodies que sont Rodgers et Hammerstein II. Le plus célèbre « You will never walk alone » - (tu ne te promèneras jamais seul) fait presque figure de doublure d’hymne aux Etats-Unis et en Angleterre où on le fredonne en chœur lors des matches de foot, et … des enterrements.

En France, il ne fait pas frissonner de la même manière d’autant que la route est longue pour qu’il soit enfin entonné.

La mise en scène de Jo Davies, les décors et costumes d’Anthony Ward sont pourtant impeccables et les ballets chorégraphiés par Kay Shepherd carrément superbes.

Brillant démarrage sur la valse du Carousel peuplée de lampions avec le manège qui se constitue à vue porté par les danseurs. On les retrouve au début du deuxième dans un impressionnant numéro d’acrobaties dansées, mais c’est en fin de parcours, dans la rencontre post mortem de Billy avec son enfant, que le ballet de l’enfant s’envolant dans la vie atteint son apogée.

Les chanteurs-acteurs ont de la présence et de la voix. L’athlétique baryton Duncan Rock fait de Billy un beau gosse naïf, pris au piège de sa séduction et de ses rêves, Kimy McLaren en Julie incarne une amoureuse un peu pâlotte tandis que Rebecca Botton, dans le rôle de Carrie, la copine, compose un personnage délicieusement déluré. Lisa Milne (Nettie, la sage), David Curry (Enoch Snow, pêcheur et mari désopilant), Nicholas Garrett (Jigger malfrat de BD) et leurs partenaires sont tous de bon niveau. Une version écourtée, concentrée sur la musique en aurait fait des héros.

Carousel, musique de Richard Rodgers, livret et lyrics de Oscar Hammerstein II, d’après Liliom lpièce de Ferenc Molnar Danses originales de Agnes de Mille. Orchestre de Chambre de Paris direction Kevin Farrell, chœur du Châtelet et chœur d’enfants Sotto Voce. Mise en scène Jo Davies, décors et costumes Anthony Ward, chorégraphie Kay Shepherd, lumières Bruno Poet, vidéo Andrzej Goulding. Avec Duncan Rock, Kimy McLaren, Rebecca Bottone, Lisa Milne, David Curry, Nicholas Garrett, Beverly Grant, Candida Benson, Leslie Clar k….

Paris – Théâtre du Châtelet, les 18, 19, 20, 22, 23, 26, 27 mars à 20h, le 24 à 16h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

photos Marie-Noëlle Robert

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