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Critiques / Opéra & Classique

CHERUBIN de Jules Massenet

par Caroline Alexander

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans

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Pour le lancement de la première saison qu’elle dirige à part entière à l’Opéra National de Montpellier, Valérie Chevalier, a puisé dans le répertoire des raretés parcimonieusement représentées, Chérubin, délicieux opéra comédie de Jules Massenet (1842-1912), injustement éclipsé par le succès de ses Manon et autre Werther. Un choix éclairé. Massenet a sa place à Montpellier et son Chérubin, créé en 1905, constitue une sorte de prologue aux futures comédies musicale du XXème siècle.

De fait, Valérie Chevalier, ex- collaboratrice de Laurent Spielmann à l’Opéra National de Lorraine, fut nommée à Montpellier dès décembre 2013, avec en héritage de son prédécesseur Jean-Paul Scarpitta, des dettes, des problèmes administratifs et des contrats signés pour la saison 2014-2015 qu’elle assuma. Cette rentrée, en ouverture de la saison 15-16, est donc bel et bien la première qu’elle assure artistiquement.

Œuvres oubliées, méconnues, créations d’objets insolites comme l’Hirondelle Inattendue de Simon Laks qui sera créé en décembre prochain, forment l’axe de ses choix, de ses goûts. Ce Chérubin gamin en ouvre la voie, une belle initiative qui à l’arrivée, dans la mise en scène décalée de Juliette Deschamps, artiste résidente de la maison, n’atteint pas complétement son but

De Beaumarchais à Mozart et de Mozart à Massenet, Cherubino, 13 ans, l’adolescent amoureux de la comtesse, devient Chérubin, 17 ans, amoureux de toutes les femmes. Un Don Juan en formation, un tout jeune homme en addiction de séduction. Au-delà des créatures féminines de tous âges, de toutes conditions, son charme devra opérer sur tout ce qui vit, tout ce qui bouge...

Décors en clins d’oeil, costumes extravagants

Massenet avait déplacé l’action en Espagne. Juliette Deschamps lui fait faire un détour par la Californie. Le château de Chérubin devient un hôtel chic de bord de plage, la géométrie de sa structure, moyennant quelques meubles ou accessoires, en assure les changements de lieux ou d’action… Macha Makeïef qui signe les décors veut saluer un certain cinéma américain ou italien, autant de clins d’œil dont le second degré n’est pas toujours lisible sans avertissement. De même, les costumes extravagants de Vanessa Sanino n’aident guère à la compréhension si ce n’est dans le sens d’une caricature étrangement étrangère à l’œuvre. Juliette Deschamps veut faire la démonstration des ambiguïtés sexuelles des personnages. Chérubin androgyne ? Elle le chausse de talons aiguilles. Le philosophe, son tuteur, homosexuel, amoureux de son pupille ? Elle lui noue un tutu de ballerine autour de la taille, sous son veston frac et son chapeau haut de forme… Là où son analyse pourrait se justifier par suggestion et atteindre le point sensible de l’ambiguïté des pulsions intimes, elle préfère le gros trait de la parodie. Et tourne le dos aux airs charmeurs de la musique de Massenet…

Ces gros traits se retrouvent partiellement dans la direction musicale du canadien Jean-Marie Zeitouni qui çà et là, fait tonner les envolées de ce compositeur dont il est pourtant fin connaisseur.

Chanteurs au diapason

La distribution sauve la mise. Les chanteurs sont au diapason. Marie-Adeline Henry entre parfaitement dans le double jeu voulu par la mise en scène, composant un Chérubin cynique et désinvolte, jouant sur tous les tableaux de ses conquêtes et surtout usant des infinies ressources de son timbre de soprano, avec des graves ombrés et des aigus aériens. La jeune et fort jolie soprano turque Çiğdem Soyarslan enfile avec grâce les tenues provocatrices de l’Ensoleillad, la star des stars, sa crinoline noire tapissée de gants blancs fouineurs de caresses, ses mines aguicheuses et sa voix mozartienne, le baryton ukrainien Igor Gnidii, ex-pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris et à la carrière déjà bien remplie, s’empare du philosophe (ici travesti) avec une sorte d’ humour masqué, un jeu nonchalant et des graves noirs charbon. Avec des mines de gamine et un timbre léger, Norma Nahum est tout naturellement Nina, la sincère, qui aime pour de vrai le beau Chérubin. Beau travail pour les seconds rôles qui font du mieux qu’ils peuvent sous leurs déguisements, Michèle Lagrange et Hélène Delalande, comtesse et baronne survoltées, Philippe Estèphe, François Piolino, Julien Véronèse, comte, duc et baron, devenus estivants de plage. Les ballets se veulent décalés comme tout le reste. Dommage.

Chérubin de Jules Massenet, livret de Francis de Croisset et Henri Cain d’après la pièce éponyme de Francis de Croisset, orchestra national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction Jean-Marie Zeitouni, chœur de l’Opéra national de Montpellier, chef de chœur Noëlle Gény, mise en scène Juliette Deschamps, décors Macha Makaïeff, costumes Vanessa Sannino, lumières François Menou. Avec Marie-Adeline Henry, Çiğdem Soyarslan, Norma Nahoun, Igor Gnidii, Michèle Lagrange, Hélène Delalande, Philippe Estèphe, François Piolino, Julien Véronèse, Denzil Delaere, Jean-Vincent Blot, Hervé Martin et les danseurs Emma Mouton, Volodia Fernandez, Jérémie Pappalardo, Loïc Quenou.

Montpellier – Opéra Comédie, les 9, 13 & 16 octobre à20h, 11 & 18 à 15h.

04 67 60 19 99 – www.opera-orchestre-montpellier.fr

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