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Critiques / Théâtre

C’est la faute à Le Corbusier de Louise Doutreligne

par Gilles Costaz

Les acteurs de la ville nouvelle

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La compagnie Infuenscènes de Jean-Luc Paliès et l’écrivain Louise Doutreligne investissent régulièrement des territoires que le théâtre n’a pas l’habitude et l’idée d’aborder. A présent, ils composent un spectacle « multi-supports » (avec vidéo et musique) sur les villes nouvelles. Ayant entendu une habitante d’une tour de la banlieue Est dire en montrant son quartier « C’est la faute à Le Corbusier », ils se sont posé cette question : y a-t-il un coupable pour cet urbanisme décrié parmi lequel vivent tant de gens ? Louise Doutreligne a mené une enquête pendant deux ans, faisant parler occupants d’immeubles de banlieue, architectes, responsables politiques, membres d’associations... Puis elle a imaginé la rencontre contradictoire des principaux acteurs de la ville moderne. Une femme maire d’une cité (jouée d’ailleurs avec saveur par Louise Doutreligne elle-même, qui mène une carrière d’actrice sous le nom de Claudine Fiévet), a organisé un rendez-vous avec deux architectes chargés de la réhabilitation d’un secteur. Ceux-ci débarquent et se trouvent face à des habitants, quelques personnalités de l’action sociale et un petit groupe de musiciens. Aussitôt les remarques fusent. Une jeune fille a fait un court métrage, qu’elle projette et qui attire des observations passionnées. Il y a les pour, ceux qui se sont bien adaptés, il y a les contre, ceux qui refusent l’univers du béton. La conversation rebondit dans tous les sens. L’ombre de quelques grands architectes novateurs, Le Corbusier et Nemeier, plane sur les dialogues.
Jean-Luc Paliès imprime un rythme musical à cette forme de théâtre-débat. Les interprètes, divers, inattendus comme peut l’être une foule, sont portés par les notes du swing (non, pardon, c’est du funk ! ) et traversent la scène dans une belle agitation. La jeune chanteuse Ruth M’Balanda fait un véritable récital (avec des textes en anglais, dommage, mais le funk ne supporterait pas le français : est-ce vrai ?) Chaque spectateur est à même de prendre sa vérité car Louise Doutreligne aligne toutes les vérités, bonnes à dire ou dures à accepter. Elle estompe son écriture personnelle pour donner une vie théâtrale, utilisant pertinemment la langue quotidienne, à un dossier qui nous concerne fort. Le spectacle exprime à la fois l’audace, l’urgence et les limites d’un théâtre social un brin pédagogique – que le bonheur et la malice des acteurs (ah ! ces architectes sérieux comme des papes ! - emmènent loin.

C’est la faute à Le Corbusier de Louise Doutreligne, mise en scène de Jean-Luc Paliès, scénographie de Luca Jimenez, costumes de Madeleine Nys, images de Nadira Annan, sculptures d’Odile O, avec Catherine Chevallier, Valérie Da Mota, Claudine Fiévet, Ruth M’Balanda, Jean-Pierre Hutinet, Jean-Luc Paliès, Catel Cléril (musicien), Emilien Gillan (musicien), Jean-Baptiste Paliès (musicien).

Vingtième Théâtre, du jeudi au samedi 21 h 30, dimanche 17 h 30, tél. : 01 48 65 97 90, jusqu’au 22 février. (Durée : 1 h 25). Texte aux éditions de l’Amandier.

Photo Benoît Fortrye.

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