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Critiques / Opéra & Classique

Butterfly au Beffroi

par Christian Wasselin

Une production itinérante de Madama Butterfly vient de faire étape au Beffroi de Montrouge. L’Orient et l’Occident s’y retrouvent sans complexe.

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IL EST RÉJOUISSANT qu’un spectacle circule et puisse être vu par des publics géographiquement éloignés. C’est le cas de cette nouvelle Madama Butterfly coproduite par le Centre lyrique Clermont-Auvergne et Opéra Nomade, qui, après avoir été représentée à Clermont-Ferrand les 17, 19 et 20 janvier dernier, a entamé une tournée lui permettant de faire étape au théâtre de Montrouge. Un très beau bâtiment dans le style Arts-déco tardif, récemment restauré, dont la salle de 500 places permet au spectateur d’éprouver un sentiment de proximité avec ce qu’il voit et ce qu’il entend.

Cette Madama Butterfly étant destinée à s’adapter à différents lieux, les concepteurs du décor ont imaginé une scénographie très simple, qui consiste essentiellement en un praticable en bois qui se prolonge en forme de lit, quelques murs-palissades démontables permettant d’évoquer la joie ambiguë puis la détresse qui imprègnent l’opéra. Un couloir sert par ailleurs à contourner le décor et fluidifie les entrées et les sorties des différents personnages. Dans ce dispositif on ne peut plus simple, où un jeu de lumière d’une grande sobriété joue également son rôle, Pierre Thirion-Vallet a imaginé une mise en scène illustrative qui ne va pas chercher midi à quatorze heures, où l’histoire est contée sans que nous soit imposée une quelconque relecture crypto-lacanienne ou néo-déconstructiviste. Les Japonais sont habillés à la japonaise, les Américains à l’occidentale, et l’orientalisme de l’ouvrage n’est privé d’aucune de ses figures obligées (les fleurs, les ombrelles, les papillons). Le seul élément d’étrangeté vient de l’enfant de Cio-Cio-San, figuré par une marionnette, dont on devine à la fin qu’il a été tué par Suzuki.

La canne et la coiffure

Les conditions matérielles du spectacle obligent également de réunir un orchestre de taille relativement modeste (mais il ne s’agit en aucun cas d’une version réduite de la partition). Le petit nombre d’instruments à cordes (une seule contrebasse !) crée un rapport nouveau entre les familles instrumentales qui permet d’apprécier sous un nouvel angle les harmonies de Puccini et de goûter à la beauté de certains pupitres (le hautbois solo et les clarinettes, en particulier, d’une belle couleur et d’une belle sensibilité). Amaury du Closel, à la tête de l’orchestre Les Métamorphoses, réussit à maintenir l’équilibre entre la fosse et le plateau sans jamais se priver des élans qui, chez Puccini, ont toujours de la tenue ; bien dirigé, Puccini n’est jamais déboutonné.

Comme on l’imagine, la distribution est animée par un esprit de troupe où chacun trouve sa place. Parmi les petits rôles, on remarquera notamment la sensible Suzuki de Magali Palliès (affublée toutefois d’une coiffure impossible) qui passe de la servante à l’amie, et surtout le Goro de Joseph Kauzman, impeccable entremetteur à la voix aussi insinuante que son jeu. Sharpless prend un relief inaccoutumé grâce à Jean-Marc Salzmann, qui à l’aide d’un simple accessoire (une canne) donne à l’action sa part d’humanité, là où tout n’est que cynisme ou excessive candeur. La présence vocale du chanteur, sa diction et son autorité, nous rappellent en outre que le baryton est un élément essentiel dans la palette des timbres de l’ouvrage, d’autant que le personnage intervient à des moments-clefs de l’intrigue (c’est à lui que Pierre Thirion-Vallet confie le soin de nous annoncer la mort de l’enfant de Cio-Cio-San). Le Pinkerton d’Antonel Blodan, au timbre un peu pâle, se contente de deux ou trois gestes convenus mais n’en rajoute pas dans l’effusion. On applaudira en revanche la prestation de Noriko Urata, Cio-Cio-San un peu contrainte au premier acte, mais qui libère par la suite une magnifique énergie. On peut lui reprocher de surjouer parfois son personnage, mais les partis-pris de la mise en scène le lui permettent, et si la voix est un peu détimbrée dans le grave, il y a chez elle une générosité dans le chant qui emporte l’adhésion et contribue à faire de cette Madama Butterfly une belle réussite collective.

Illustration : Jean-Marc Salzmann, Antonel Blodan, Noriko Urata (photo Ludovic Combe)

Puccini : Madama Butterfly. Cio-Cio-San : Noriko Urata ; Suzuki : Magali Paliès ; Pinkerton : Antonel Blodan ; Sharpless : Jean-Marc Salzmann ; Goro : Joseph Kausman ; Kate Pinkerton : Pauline Feracci ; le prince Yamadori : François Lilamand ; l’oncle Bonzo : Benoît Gadel ; Yakusidé : Matthias Rossbach ; le Commissaire imperial : Aurélien Pernay ; la Mère de Cio-Cio-San : Katia Anapolskaya ; la Tante : Christine Rigaud ; la Cousine : Élodie Romand ; chœur : Laura Baudelet, Candice Costi. Orchestre Les Métamorphoses, dir. Amaury du Closel. Mise en scène : Pierre Thirion-Vallet ; décors : Frank Aracil ; costumes : Véronique Henriot ; lumières : Véronique Marsy. Montrouge, Le Beffroi, 29 janvier.
Prochaines représentations : Poissy, le 31 janvier ; Romans-sur-Isère, le 3 février.

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