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Critiques / Théâtre

Brigade financière de Hugues Leforestier

par Gilles Costaz

La belle et le truand

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Face à face, un roi de l’industrie et une fonctionnaire de la Brigade financière. Le bureau est misérable (il n’y a pas d’argent dans l’administration) mais les deux personnages sont hauts de gamme. Lui possède des société en France et à l’étranger (notamment dans les paradis fiscaux), il connaît tout de l’arsenal juridique et des pratiques licites et illicites ; il fréquente les grands de ce monde et tiendrait tête au plus retors des avocats. Elle a l’habitude de ces capitalistes arrogants et prend un certains plaisir à le prendre dans le filet des contradictions et des documents dissimulés. La bataille s’engage. Lui joue d’abord les intouchables (« Vous savez à qui vous parlez ? »), puis, rencontrant une résistance imprévue, avance arguments contre arguments. Il est prêt à l’acheter, la fonctionnaire. Elle ne voudrait pas gagner plus d’argent que ce qu’elle gagne ? Jolie femme, elle laisse sa séduction au vestiaire est une vraie lutteuse, coriace, écœurée par l’injustice, heureuse de servir l’Etat. Elle commence par mettre l’homme en examen. Il est coffré ! Et il sort régulièrement de cellule pour répondre aux questions. Mais il est fort. Il ne s’effondre pas devant la première enquêteuse venue. Le bras de fer reprend. Impitoyable.
C’est une pièce admirablement informée. Auteur de romans policiers, essayiste, Hugues Leforestier transcrit fort bien les multiples arnaques en cours dans les milieux des affaires. Et détaille la psychologie de ceux qui se croient plus forts que la loi et qui, bien souvent, sont effectivement plus forts que la police et la justice. Il a aussi le sens des dialogues qui font mouche, des répliques qui partent comme des balles de revolver. Ce qui lui manque un peu, c’est le sens souterrain de l’affrontement, ce qui change les personnages alors même qu’ils semblent rester identiques. De ce point de vue-là, l’héroïne est plus complexe. Elle ne mène pas son combat sans être blessée et troublée. Cela permet à Nathalie Mann de jouer avec de l’allure, de la puissance et une fragilité secrète qui caractérisent une actrice au plus fort de ses moyens. On ne l’attendait pas dans ce registre, après sa belle prestation dans La Papesse d’Esther Vilar et Robert Poudérou mise en scène par Thierrry Harcourt (sans parler d’une composition délirante chez Philippe Adrien ! ), et elle a une sacrée flamme dans ce duel. Hugues Forestier reprend lui-même le rôle du patron après qu’il eut été créé, dans le off d’Avignon, par Jean-Marie Galey. Leforestier est parfait, diabolique et bonhomme à la fois, escroc et grand bourgeois, colérique et placide, fort à l’aise dans le jeu de ping pong. Simplement, on eût aimé que l’auteur lui confère plus d’épaisseur, plus d’arrière-plans labyrinthiques. Anne Bourgeois a fait une mise en scène au couteau, une impeccable suite de lignes brisées, avec un timing de thriller. C’est vrai, c’est saignant !

Brigade financière de Hugues Leforestier, mise en scène d’Anne Bourgeois, lumières de Pascal Sautelet, avec Nathalie Mann et Hugues Leforestier.

Ciné XIII Théâtre, tél. : 01 42 54 15 12, jusqu’au 21 mars. Texte édité chez Art et Comédie. (Durée : 1 h 15).

Photo Ambro.

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