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Critiques / Théâtre

Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert

par Gilles Costaz

La foire aux vanités

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Flaubert ne termina jamais Bouvard et Pécuchet. La mort l’emporta avant qu’il n’écrivit les dernières pages, mais l’ouvrage inachevé est resté comme l’un des grands livres sur l’art de s’emparer des idées à la mode et de penser à partir d’elles, c’est-à-dire de mal penser ou de ne pas penser du tout en se prenant pour une grosse tête. Pécuchet et Bouvard sont deux copistes qui, en un temps où il n’y a pas de photocopie, reportent laborieusement des textes sans intérêt d’une feuille à l’autre, en soignant méticuleusement leur écriture. Comme ils en ont assez de la ville, ils partent à la campagne, tant le refrain de la beauté de la vie aux champs, porté par les journaux et les romans, les a changés. Une fois dans un village, ils croient pouvoir atteindre la plénitude dont ils rêvaient, mais ils n’arrivent à rien. Ils commettent bourdes sur bourdes. Ils repartent à la ville et reprennent leur vie de copiste, n’ayant jamais été capables d’atteindre un peu de cette originalité qu’ils s’attribuaient et qu’ils revendiquaient. Fin de leur foire aux vanités.

Vincent Colin, qui aime réveiller et amplifier le rire qui dort dans nos classiques, a placé les deux imbéciles (appelons-les ainsi, Flaubert est sans pitié à l’égard de ces pauvres employés) dans une sorte de studio de radio. Dans leur tenue du XIXe siècle, ils parlent dans des micros, et tous les sons sont plus amplifiés que les paroles (bruits de fourchettes, de pas, etc) Cela crée une musique concrète qui accompagne cocassement les dialogues. Roch-Antoine Albaladejo campe un Bouvard joyeusement mesquin sous les projets grandioses qu’il caresse. Philippe Blancher est un Pécuchet qui porte beau et fort ses impossibles ambitions. Pourtant force est de constater – du moins le soir où nous y étions – que, malgré le jeu malin et adroit des comédiens, la drôlerie tarde à prendre forme. Il est possible que ce soit de la faute de Flaubert : il méprise trop ses personnages et il n’écrit pas comme Pierre Desproges ! Puis, tout à coup, dans sa deuxième moitié, le spectacle devient irrésistible. Flaubert se moque des écrivains, des philosophes, de leurs disciples, des petitesses des uns et des autres. Quand il s’en prend au monde de la pensée, il est plus saignant que lorsqu’il parle de la vie quotidienne et laborieuse. Aussi, comme ces chevaux de course qui peinent à trouver vite le rythme, Vincent Colin rattrape son handicap et déclenche avec ses acteurs des bouquets de rires.

Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert, adaptation et mise en scène de Vincent Colin, son de Thierry Bertomeu, lumière d’Alexandre Dujardin, avec Roch-Antoine Albaladejo, Philippe Blancher et la voix d’Edith Scob. Lucernaire, 20 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 14 avril. (Durée : 1 h 15).

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