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Critiques / Opéra & Classique

Berlioz, une famille

par Christian Wasselin

Pascal Beyls a entrepris de se pencher sur des personnages, oubliés ou modestes, qui ont compté dans la vie de Berlioz et dans le mûrissement de sa sensibilité.

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BERLIOZ A CONNU bien des célébrités de son temps, de Liszt à Pauline Viardot, de Paganini à Flaubert, dont les historiens se sont emparé pour nourrir leurs ouvrages. Mais il a aussi vécu en compagnie de personnalités plus humbles qui ont compté dans sa vie sans nécessairement laisser de trace éblouissante dans l’Histoire. Aussi, plutôt qu’une biographie de plus, qui se contenterait de répéter ce que d’autres ont déjà dit avant lui, Pascal Beyls a choisi de s’intéresser à ces êtres humains de chair et de sang, et entrepris de raconter, sans jamais céder à la tentation du romanesque, ces destins restés dans l’ombre ou dévorés par le Temps une fois leur heure de gloire dissipée. Livre après livre, il enrichit la bibliographie berliozienne d’ouvrages devenus nécessaires.

En attendant une biographie du colonel Marmion (l’oncle du compositeur), il nous a d’ores et déjà offert trois livres tour à tour consacrés à Louis Berlioz (1834-1867), le fils unique du musicien ; à Estelle Fornier, son premier et dernier amour (la stella montis, tellement proche de Berlioz qu’on la prendrait presque pour une sœur merveilleuse ou une marraine idéale) ; et, plus récemment, à Marie Recio, sa seconde épouse toujours malmenée par les biographes (à propos d’Harriet Smithson, sa première épouse, il faut se contenter de la biographie en anglais de Peter Raby*).

Les trois ouvrages suivent pas à pas la vie de ces trois personnages, fouillent les archives, citent des lettres, reproduisent de nombreux documents, dont des photographies (de lieux mais aussi d’hommes et de femmes, comme les descendants d’Estelle). Ils éclairent des passages longtemps restés obscurs (le double baptême de Louis, la sœur jumelle d’Estelle morte à dix-sept ans, les origines de Marie Recio), brossent des portraits imprévus (Berlioz en parent d’élève s’entretenant avec le directeur du collège où est inscrit son fils !), mais ne s’aventurent jamais dans des considérations psychologiques hasardeuses. Pascal Beyls, ainsi, ne résout pas l’énigme de Marie Recio, une femme que Berlioz a dû aimer mais également subir sans avoir jamais pu ou vraiment osé la fuir. « Marie qui vécut vingt ans auprès de Berlioz mérite certainement d’être mieux considérée et réhabilitée », conclut Pascal Beyls. Oui mais comment ?

Maquettés et imprimés avec soin, ces livres sont bien sûr indispensables à tous ceux qui s’intéressent à Berlioz. Et le fait qu’ils soient édités à compte d’auteur n’enlève rien à leur qualité ni au fini de leur réalisation**.

* Peter Raby, Fair Ophelia, Harriet Smithson Berlioz, Cambridge University Press, 1982.

Illustration : l’Opéra de Paris, rue Le Peletier, où Marie Recio chanta La Favorite et Le Comte Ory.

** On peut se les procurer chez l’auteur : Pascal Beyls, 209, chemin de Chantebout, 38330 Montbonnot Saint-Martin.

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