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Critiques / Théâtre

Bash de Neil LaBute

par Gilles Costaz

Des monstres si fréquentables

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L’auteur américain Neil LaBute restera-t-il à la postérité pour avoir écrit une pièce où l’héroïne interrompt une fellation parce que l’attentat du 11 septembre intervient tout près de sa chambre et gâte la partie de plaisir qu’elle effectuait avec son amant au moment précis où elle avait séché le bureau et préféré le lit aux obligations salariales ? Sans doute pas. LaBute a sur le monde une vision plus profonde dans ses autres pièces et notamment dans Bash , qu’a adaptée Pierre Laville et que celui-ci avait montée avec Anne Brochet il y a pas mal d’années. C’est Gilbert Pascal qui en donne une nouvelle mise en scène. Elle est dessinée au cordeau et au couteau.

La soirée se compose de deux monologues et d’un dialogue. Acte un, La Fête, une bande de Saints  : un homme raconte un voyage entre étudiants où le plaisir de faire la fête vire à la persécution meurtrière d’homosexuels. Acte deux, Le Retour de Médée : une très jeune fille tombe amoureuse de son professeur qui s’enfuit quand elle est enceinte, elle se venge avec une particulière cruauté. Acte trois, Iphigénie in Orem : sur le point de perdre son emploi, un cadre préfère ne pas sauver son enfant, alors qu’il est encore temps d’intervenir, et se sert de cette tragédie dont l’impact émotionnel pourra être utile à sa carrière. Trois portraits de monstres si doux et si doubles qu’on les trouverait très fréquentables si notre route les croisait.

Ames sensibles s’abstenir. Chaque pièce est une lame qui s’enfonce en vous. LaBute veut renouveler le genre tragique moderne et il y parvient. C’est l’Edward Bond de la vie de bureau ! Il est impitoyable et tétanisant Gilbert Pascal tend parfaitement les arrière-plans et les silences à l’extrême, sans jamais donner l’impression de juger les personnages et les situations. Benoît Solès sait jouer les monstres qui n’ont pas l’air de monstres, avec une apparence d’innocence où s’entrouvre le secret d’un être. Sarah Biasini franchit à chaque pièce un nouveau degré dans sa vie d’actrice. Ici, elle est d’une part un personnage sanglant au calme extraordinaire et d’autre part une jeune femme joueuse dans l’inconscience de la jeunesse. Elle est saisissante. Ce triptyque est du beau boulot, qui laisse le spectateur à la fois admiratif et k.o.

Bash de Neil LaBute, adaptation de Pierre Laville, mise en scène de Gilbert Pascal.
Théâtre des Mathurins, 19 h, tél. : 01 42 65 90 00, jusqu’au 29 juin.

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