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Critiques / Théâtre

Bargfeld n°37 d’après Arno Schmidt

par Gilles Costaz

Un écrivain dans sa tour d’ivoire

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Ce n’est pas un spectacle banal, peut-être un peu élitiste, du fait même qu’il est liée à une culture allemande très spécifique : l’écrivain Arno Schmidt, autour duquel tourne la pièce, n’est pas familier à un large public français. La troupe, Ligne 9 Théâtre (L9T), qui s’est donné pour mission de réaliser des rencontres insolites aux frontières de différentes références théâtrales et qui pratique par ailleurs l’art-thérapie, réunit cette fois des acteurs des deux pays. Au cœur de cette aventure : Arno Schmidt, que l’on voit replié à Bargfeld, petite ville de Basse-Saxe. C’est un auteur connu dans sa patrie ; il a ses fidèles mais professe une forte marginalité. Dans les années 60 et 70 où l’on suit son dernier parcours, il n’est plus très jeune. Il est malade et suit d’un oeil l’évolution d’une Allemagne de l’Ouest fortement secouée par le contexte de séparation de son pays bien avant la chute du Mur et les actions de la bande à Baader.
Sur la scène, son domicile réduit à un rectangle de bois au milieu d’un dispositif éclaté où sont placées différents aires de jeu et où la vidéo injecte quelques images, quelques sensations atmosphériques. Schmit n’est pas loin de sa machine à écrire mais très éloigné de son téléphone, puisqu’il n’en a pas ! Il fait penser à un Thomas Bernhard par la misanthropie de ses propos. La société l’agace et il n’aime qu’écrire (« Le travail n’est-il pas une simple nécessité (vitale) pour les hommes et les animaux ? »). Son épouse compte beaucoup pour lui. Elle l’entoure, relit ses textes. Elle ira recevoir le prix Goethe à sa place, plus tard, quand il sera trop fatigué pour voyager. Centré sur sa vie, le spectacle évolue en évoluant autour de son œuvre, dans une série de scènes hétérogènes.
Le parti pris de Natascha Rudolf est de créer une continuité dans la discontinuité :« Pièces de puzzle en vrac à ne pas tenter de remettre ensemble », dit-elle. Elle bénéficie pour cela d’une scénographie très inventive de Michel Jacquelin – dont on avait tant aimé les spectacles faussement érudits et véritablement loufoques en de lointains festivals d’Avignon et d’Automne. Le style de la soirée exige une attention particulière, qui est aussi le plaisir de la complexité. Contrairement au sous-titre, ce n’est pas exactement un « quasi-monologue ». Le personnage d’Arno Schmidt est interprété par un acteur allemand, Hubertus Biermann, qui est aussi co-auteur de l’adaptation : petit, très mince, secret, tourmenté, il est d’une présence incroyable, exceptionnelle. Mais il n’est pas seul dans la tour d’ivoire de l’écrivain et le décor explosé. Son épouse est jouée par l’excellente Karin Oberndorfer. Les autres rôles sont tenus par les habiles et mobiles Nicolas Martel et Luc Jenny et par le metteur en scène, Natascha Rudof, intervenant à la fin de la soirée. Oui, pas banal. De la belle ouvrage donnant de la clarté à une écriture inhabituelle et difficile.

Bargfled n°37, un « quasi monologue » d’après des textes d’Arno Schmidt, adaptation d’Hubertus Biermann et Natascha Rudolf, mise en scène de Natascha Rudolf, scénographie de Michel Jacquelin, lumière de Luc Jenny, son de Mikael Kandelman, avec Hubertus Biermann, Nicolas Martel, Karin Oberndorfer, Nathascha Rudolf, Luc Jenny.

L’Echangeur, Bagnolet, tél. : 01 43 62 71 20, jusqu’au 20 décembre. Puis théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, les 16 et 17 janvier. (Durée : 1 h 30).

Photo Michel Jacquelin.

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