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Avignon in : Orlando, The Humans

par Gilles Costaz

Des débuts chahutés et sans grandes découvertes

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Retardé par une grève portant sur les spectacles du premier soir, la soixante-huitième édition du Festival d’Avignon a commencé avec un jour de retard, le 7 juillet. D’autres annulations peuvent voir lieu, certains représentants des intermittents réclamant l’interruption partielle ou totale de la manifestation, d’autres préférant la formule – actuellement adoptée et généralisée – d’interventions en début de spectacle. Le Prince de Hombourg de Kleist dans la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti a pu être représenté. Webthea en parlera plus tard, puisque nous avons vu en ouverture Orlando, la nouvelle pièce d’Olivier Py présentée à la FabricA.
Le directeur du festival signe le texte et la mise en scène. On attendait un effet de surprise, mais cette tragicomédie n’étonnera pas ceux qui sont familiers du théâtre d’Olivier Py. C’est encore la même chose ! Une farce à la trame tortueuse, un drame qui lorgne à la fois du côté de la mystique et de la parade clownesque, un appel à la transcendance chrétienne avec la représentation du plaisir sexuel. Orlando est un jeune homme qui connaît sa mère, une grande théâtreuse, une comédienne au jeu excessif, et croit connaître, son père, un directeur de théâtre, qui ne se souvient plus d’avoir fait cet enfant. Blackboulé entre ces deux adultes, dont l’une est l’art dramatique dans sa fureur égocentrique et baroque, et l’autre le théâtre dans ses dimensions politiques et poétiques, Orlando devient même l’amant du ministre de la Culture – un personnage pervers et incompétent à travers lequel Py semble se venger du dédain que lui manifestait Frédéric Mitterrand. Le temps passant, l’éphèbe devient un directeur âgé, qui met le feu à son théâtre. Tout finit par ce feu et des envolées lyriques parlant de beauté et d’amour. Il y a des moments ciselés, un vrai sentiment de la douleur de l’humanité, mais que de répétitions, de phrases à peine adolescentes, de numéros de chansonnier dignes du cabaret des Deux-Anes, de célébrations lassantes du théâtre avec un a à l’accent circonflexe prononcé dans la pamoison ! Près de quatre heures, c’est beaucoup pour un texte qui se grise de lui-même et poursuit son propos dans une série de convulsions. Mais, en tant qu’objet de spectacle, Orlando joue de ressorts très plaisants (le décor de Pierre-André Weitz change sans cesse de perspective, on change de tenue et de cheveux sans arrêts). Mireille Herbstmeyer reprend avec brio le type de personnage – la diva – que, dans les pièces de Py, incarnait généralement Michel Fau. Matthieu Dessertine, Philippe Girard, Jean-Damien Barbin, Laure Calamy, Eddie Chignara, François Michonneau déploient un jeu athlétique. La soirée a des allures de fête des mots et des gestes, auxquels on est souvent sensible, mais cette profusion finit par tourner comme les disques rayés d’autrefois.
Le choix du spectacle anglais The Humans indique davantage un changement dans la programmation du festival. On n’aurait jamais vu ça auparavant. Et l’on aurait pu s’en passer facilement ! C’est un pur produit commercial américano-hollandais, bien qu’il commence comme une pièce de Shakespeare ou de Marivaux. Sur une île, deux êtres supérieurs, qui se détestent, se disputent l’art de créer l’humanité. Lui est un homme de morale, elle un être de défi à la morale et à la Vox Dei qui impose ses lois à toutes les créatures. Les statues animées, conçues pour être dociles, se révoltent et vont reprendre la direction du monde, violemment, mesquinement, avant de pardonner à la femme de défi et à son ami. Un peu de scatologie et un peu de métaphysique pour faire ambitieux, mais la soirée, qui part avec une certaines élégance, se poursuit dans les clichés et la vulgarité. Les acteurs (Elizabeth Cadwallader, Sam Crane, Phillip Edgerley) ont de la présence et du métier. Mais on ne nous fera pas prendre cette vessie pour une lanterne.

Orlando, La FabricA, jusqu’au 16 juillet. Texte aux éditions Actes Sud Papiers. Reprise la saison prochaine au Théâtre de la Ville.
The Humans, Gymnase Aubanel, jusqu’au 9 juillet.

Festival d’Avignon, jusqu’au 27 juillet, tél. : 04 90 14 14 14.

Photo : The humans - Christophe Reynaud de Lage.

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