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Avignon en festival

par Dominique Darzacq

Stanislas Grassian : le Off un passage obligé pour les compagnies indépendantes.

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Turbulent vivier pour les uns, guêpier pour les autres, indissociable du Festival d’Avignon, le Off en est la part protubérante qui, chaque année, enfle un peu plus, déjouant chaque fois l’asphyxie qui le menace et battant ses propres records. Avec 1336 spectacles l’année dernière, on imaginait le pic atteint. Et bien non ! le voilà qui se surpasse encore et lance à l’assaut des murs de la ville les affiches de 1416 spectacles proposés par 1092 compagnies. Parmi celles-ci le collectif Hic et Nunc emmené par Stanislas Grassian acteur –metteur en scène.

L’acteur tombé à 16 ans dans la potion magique des planches, joue Molière, Racine, Bernanos, Voltaire, Colette, fréquente les plateaux de cinéma et de télévision (Le Visiteur du futur). Le metteur en scène, lui, a pour boussole de navigation artistique, le mime Marceau auprès de qui il s’est formé et de qui il a appris que le mouvement était une écriture, Jacques Lecocq qui lui fit comprendre les ressorts poétiques et les vertiges de l’absurde qui alimentent l’art du clown et fait sienne l’injonction du peintre Kandinsky « Un artiste, comme enfant de son époque, doit parler de son temps ».

Implanté en Région parisienne, on a pu voir certains de ses spectacles au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes ou au Lucernaire, parmi ceux-ci Moi Caravage de Dominique Fernandez, et Mystère Pessoa, mort d’un hétéronyme d’après Fernando Pessoa. Soucieux de confronter son travail à un plus large public, et après avoir longtemps résisté aux tumultueuses sirènes avignonnaises, il a fini par sauter le pas. Aujourd’hui, constate-il, « le succès public ne suffit pas à assurer la survie d’un spectacle et il est impossible d’organiser une tournée sans passer par Avignon. La raison essentielle est économique. Les directeurs des différentes institutions culturelles susceptibles de programmer nos spectacles connaissent de graves crises budgétaires et pour faire des économies ne se déplacent plus pour prospecter. Le plus simple et le plus économique pour eux, est de venir faire leur marché au Festival d’Avignon. Une fois qu’on a compris ça, en tant que directeur de troupe on se doit d’y être ».

Il y sera donc. Au théâtre du Petit Louvre « un des lieux bien repéré dans la géographie accidentée du Off, où l’on sait qu’on y sera vu du public et des acheteurs et où les équipes artistiques sont bien accompagnées, ce qui a aussi son importance ». Et quitte à se jeter dans la fournaise Stanislas Grassian double sa mise et en y présentant deux spectacles de très différentes factures.

Le premier, Résistantes , propose une facette inédite de notre Histoire à travers une pièce inspirée à son auteur, Franck Monsigny, par sa rencontre avec Liliane Armand, une ancienne résistante, qui au soir de sa vie lui a raconté comment en août 1944, à Marmande, elle avait trouvé refuge dans un bordel. A travers son histoire qui fait se rencontrer deux univers différents, se pose, explique Stanislas Grassian, « le thème du choix, quel choix fait-on ? Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Nos choix déterminent notre histoire et ce qui nous arrive. Plus que d’ajouter un paragraphe à l’histoire de la Résistance c’est cette question-là qui m’a intéressé ».

Recherchée comme terroriste pour avoir collaboré avec la Résistance et aidé des juifs à fuir, les nazis à ses trousses, Liliane Armand entre par hasard dans une maison close. Tandis que son irruption chamboule tout autant l’atmosphère feutrée de la maison que les têtes de ses pensionnaires, elle, met son destin entre les mains de ces femmes dont elle ne comprend pas la vie. La dénonceront-elles ? Après trois jours de confrontation, de découverte, d’apprentissage de l’autre chacun sera confronté à la vérité de ses choix et rien ne sera plus comme avant.

Pour sortir du piège du réalisme mélo que suscite le sujet, Stanislas Grassian a judicieusement misé sur le suspens teinté d’onirisme et impulse à sa mise en scène des changements de focale, brouille les pistes pour mieux nous tenir en haleine. En fond de scène, derrière le canapé , un guéridon, quelques discrets éléments de décors propres à définir l’espace d’une maison close, les mouvements des voilages, comme les variations de lumières nous suggèrent que Lilli (Maud Forget), Marcelle (Sandra Dorset) , Elise (Lenie Cherino) , Monsieur Maurice (Franck Monsigny) , l’officier allemand (Manuel Sinor) , dans leur réalité surgissent de la mémoire de Liliane ( Caroline Filipek), tous magnifiques fusibles d’un huis clos bouleversant d’humanité et strié d’humour où les questions du choix, de la compréhension de l’autre, de l’entre-aide et du courage qui se posaient hier résonnent plus que jamais aujourd’hui .

De quelques Muses hors cadre

C’est encore d’une irruption qui perturbe le quotidien et le bon ordonnancement des habitudes dont il est question avec Les Muses mais sur un tout autre registre. Ici, explique le metteur en en scène « nous sommes dans le burlesque, et même par certains côtés dans l’art du clown. « Le Clown n’a pas d’histoire expliquait Jacques Lecocq, il se heurte à la réalité », c’est tout à fait ce qui se passe avec Les Muses . Une histoire écrite par Claire Couture et Mathilde Le Quellec qui pour s’interroger et nous interroger sur le monde comme il va et ne va pas ont pris comme porte-paroles quelques grandes figures symboliques de femmes. Nous voilà donc au musée où comme toutes les nuits, après la dernière tournée du gardien, La Joconde de Vinci, Vénus, celle de La naissance de Vénus de Botticelli sortent de leur cadre, la danseuse de Degas, elle, de son socle pour tailler une bavette, commenter le comportement de certains visiteurs. Or, un beau soir elles découvrent une inconnue venue de l’étranger, Marylin Monroe d’Andy Warhol. Quatre stars à la personnalité bien affirmée qui doivent apprendre à cohabiter. C’est nous dit Stanislas Grassian « le choc des styles, des genres, des époques, un voyage anachronique et déjanté pour découvrir qu’entre le XVème siècle et nos jours les hommes ont peu changé tandis que les femmes ont toujours à combattre pour une place plus juste »

Entre burlesque et tragédie à la Almodovar, chants polyphoniques et danses, Les Muses nous offrent un décoiffant spectacle musical et nous font réfléchir en éclatant de rire.

Nous imposer des relâches est absurde

Pour faire bonne mesure de son voyage avignonnais Stanislas Grassian a décidé qu’il consacrerait le jour de relâche que lui impose l’Administration à la mise en espace de la pièce de Fabrice Guillaumie Paul Valéry en plein cœur . Pour lui comme pour la majorité des autres participants du Off Avignon, imposer des jours de relâche, « est la plus mauvaise idée qui soit. Non seulement cette loi n’est pas adaptée à notre fonctionnement, mais elle est absurde et nocive. Venir à Avignon a un coût . Entre celui du plateau et la location, ne pas jouer représente une perte sèche de 1500 à 2000 euros par jour pour la production. Les acteurs aussi y laissent des plumes puisque ne jouant pas ils ne sont pas payer. Tout se passe comme si l’Etat voulait que l’on crée moins. Puisqu’il nous ferme des portes, alors on va revenir par la fenêtre et créer les jours de relâche. Cette lecture programmée le 18 juillet est pour moi un acte de révolte ».

Résistantes de Franck Monsigny. Mise en scène Stanislas Grassian avec Lenie Chérino, Sandra Dorset, Caroline Filipek, Maud Forget, Franck Monsigny, Manuel Sinor (durée 1h30) Chapelle des Templiers à 12h35

Les Muses de Claire Couture et Mathilde Le Quellec, mise en scène Stanislas Grassian, musique Lionel Losada avec Claire Couture, Florence Coste, Mathilde Le Quellec, Amandine Voisin (durée 1h10) Salle Van Gogh à 20h30

Off Avignon, Théâtre du Petit Louvre du 6 au 30 juillet tel 04 32 76 02 79 www.theatre-petit-louvre.fr

Photos des spectacles Résistantes ©DR, Les Muses ©DR

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