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Critiques / Théâtre

Au bord de Claudine Galea

par Gilles Costaz

L’amour d’une femme

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Des photos publiées aux Etats-Unis par le « Washington Post » et en France par « Le Monde » firent scandale en 2004. Prises à la prison d’Abou Graïb, elles montraient les traitements inhumains qui étaient infligés à des prisonniers irakiens. Sur l’un des documents, on voyait un prisonnier tenu en laisse par une femme soldat. Cette dernière image frappa Claudine Galea, qui écrivit peu après un texte d’une coulée, Au bord – objet dramatique très inattendu de par sa forme monologuée et par ce qui y est dit. Claudine Galea ne s’intéresse pas au prisonnier, mais à la soldate, pour laquelle elle compose une sorte de chant amoureux. Elle célèbre à travers elle la beauté du corps féminin et, partant de là, s’interroge sur la passion, l’obsession, la différence des sexes, jugeant, au bout du compte, les femmes plus radicales et d’une certaine façon plus terribles que les hommes.

L’œuvre, qui a obtenu l’an dernier le Grand Prix de littérature dramatique est stupéfiante par son audace – c’est tellement peu « correct » ! – et par la splendeur ondoyante de sa prose. Elle a passionné Jean-Michel Rabeux (en attendant Stanislas Nordey, qui compte lui aussi en tirer un spectacle), lui aussi un artiste du non-correct. Au centre d’une structure de bois circulaire et plongeante, une actrice, Claude Degliame, dit le texte, et une femme peintre, Bérangère Vallet, trace des traits au sol, qui s’avèrent une transposition de la photo, une composition abstraite puis un portrait d’homme. Claude Degliame, le visage nacré, dans une tenue noire qui combine l’austérité de l’uniforme et l’élégance, des tenues de soirée, a des sanglots dans la gorge, qu’elle ne laisse jamais exploser, détaillant le texte comme s’il s’effilait à la manière d’une lame de couteau en sortant d’elle-même. Souple, agile, Bérangère Beauvallet métamorphose ses traits noirs et gris avec une aisance incroyable. Un magnifique cérémonial de la passion, sacrilège face aux idées et aux esthétiques reçues.

Au bord de Claudine Galea, mise en scène de Jean-Michel Rabeux, lumière de Jean-Claude Fonkenel, structure de Pierre-André Weitz, avec Claude Degliame et Bérangère Vallet. Texte aux éditions Espaces 34.

MC 93, Bobigny, tél. : 01 41 60 72 72, jusqu’au 15 avril. (1 h 05).

Photo ©Alain Richard

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