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Critiques / Festival

Artaud Passion de Patrice Trigano

par Gilles Costaz

La jeune fille sage et le poète fou

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Passionné d’Artaud, Patrice Trigano a découvert un aspect peu connu dans la vie du poète : sa relation avec Florence Loeb, fille du grand galeriste Pierre Loeb. Artaud a, en effet, rencontré la jeune fille quand elle avait 16 ans. Lui rentrait de ses neuf ans d’hôpital psychiatrique à Rodez, brisé. Il n’avait plus que deux ans à vivre. Florence Loeb, qu’on peut définir comme une jeune fille de bonne famille, voyait en lui une sorte de père. Ils se voyaient régulièrement, parlaient d’art, de littérature et de théâtre, mais l’entente était complexe et difficile. Artaud avait une vision irréelle de la jeune femme. Néanmoins ce court moment d’amitié appartient à l’histoire littéraire, et l’on doit à Patrice Trigano de l’avoir tiré de l’oubli et conté avec son art d’écrivain. Du récit composé à partir des dires de Florence Loeb, Trigano a aussi tiré une pièce, dont Agnès Bourgeois fait la création. C’est Florence qui parle. Agée, elle revit ses rencontres avec Artaud, et c’est la pensée du poète, sa fureur, sa folie, qui surgissent, comme des éclairs et des déflagrations. Le texte intègre régulièrement les mots même d’Artaud, et ils ont gardé leur puissance entière. Quand Artaud hurle la nécessité d’un théâtre totalement différent de ce qui a été fait, l’avertissement reste cinglant et prophétique.
On peut ne pas apprécier le début du spectacle qui adopte un langage provocateur dont on se demande s’il est nécessaire : musique de guitares électriques aux notes fracassantes (Fred Costa, Frédéric minière), hélice de conception cinétique dont on fait tourner systématiquement les deux branches lumineuses... On veut transmettre la violence par la violence, l’art moderne du XXe siècle par son double. C’est fait dans la passion et avec talent, mais faut-il souligner ce qui est déjà de la rage la plus pure ? Agnès Bourgeois elle-même, qui compose une femme possédée par Artaud et imite ses ses crises de démence, ne dépasse pas le registre du pastiche. Mais tout s’améliore peu à peu. Agnès Bourgeois devient une actrice beaucoup plus vraie et sensible quand entre en scène l’acteur qui endosse le rôle d’Artaud et que l’on entendait, dans un premier temps, parler dans l’ombre : Jean-Luc Debattice. Quel fauve que ce Debattice ! Massif, immobile, il fait tonner la colère d’Artaud et vibrer infiniment sa douleur. L’émotion qu’il procure fait parfois penser à celle qui vous étreignait quand Alain Cuny disait Van Gogh le suicidé de la société, autrefois, au cloître vieux du Palais des Papes. Le spectacle, d’appliqué qu’il était à son début, devient hanté et l’on applaudit, frappé au cœur, avec un public sidéré.

Artaud Passion de Patrice Trigano, mise en scène d’Agnès Bourgeois, musique de Fred Costa et Frédéric Minière, costumes de Laurence Forbin, lumière de Laurent Bolognini, scénographie de Didier Payen, avec Agnès Bourgeois et Jean-Luc Debattice.

Artéphile, Avignon, 17 h 45. Texte aux éditions Maurice Nadeau.

Photo DR.

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