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Critiques / Musical

Apollinaire, Lou et la mélodie

par Christian Wasselin

De quelques belles pages d’Apollinaire, Didier Helleux fait des chansons qui sont en réalité des mélodies dans la tradition de Debussy et Poulenc.

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De Guillaume Apollinaire, on connaît l’œuvre poétique, notamment les recueils Alcools et Calligrammes, et la pièce Les Mamelles de Tiresias, dont Poulenc fit un opéra loufoque. On sait aussi qu’Apollinaire tomba follement amoureux, au tout début de la guerre de 1914, de Louise de Coligny-Châtillon, dont il assura la postérité en lui écrivant des lettres mélancoliques et fantasques, aujourd’hui connues sous l’appellation Lettes à Lou (Gallimard). Sans oublier le recueil paru à Genève en 1947 sous le titre L’Ombre de mon amour, republié en 1955 sous le titre Poèmes à Lou.

De toute cette matière, le chanteur et comédien Didier Helleux a imaginé un spectacle baptisé Secteur postal 59, du nom de l’adresse d’Apollinaire quand il était au front (il fut blessé d’un éclat d’obus à la tête et mourut deux jours avant l’armistice, le 9 novembre 1918). Un spectacle d’une facture classique : Didier Helleux, tantôt récite, tantôt chante Apollinaire, textes et poèmes, avec un costume tristounet mais une impeccable diction, accompagné par la pianiste Françoise Cardot. Le tout dans l’une des petites salles du Théâtre de Ménilmontant (la salle baptisée « Le labo »). Spectacle on ne peut plus confidentiel, dans les divers sens du mot, qui nous rappelle, s’il était besoin, que la proximité est l’une des conditions de la réception de la parole et du chant. Car Didier Helleux, s’il n’a pas un timbre très particulier, chante avec puissance, ce qui signifie qu’on l’entend, qu’on est près de lui, presque avec lui, et qu’il peut ainsi produire toutes les nuances possibles sans que rien jamais ne nous échappe de ses intentions.

L’intérêt du spectacle tient aussi dans la musique. On n’entend ici que des compositions originales écrites par Didier Helleux lui-même, qui renouvellent le genre de la mélodie, même s’il les appelle pudiquement « chansons » et cite Léo Ferré, celui de la Chanson du mal-aimé, parmi ses références. Il est difficile de ne pas penser à Debussy, parfois à Massenet, surtout à Poulenc, par cette manière de soutenir la musique à l’aide d’harmonies qui disent l’abattement ou le malaise. Peu de mélodies strophiques ici ; il s’agirait plutôt de brefs fragments de récitatif qui, plutôt qu’ils se servent des mots ou cherchent à séduire, prennent des allures de drames en miniature.

Didier Helleux a en projet un nouveau spectacle qui utiliserait la correspondance de Théo et Vincent Van Gogh. Avec des poèmes de Rimbaud, qu’il a mis en musique. S’attaquer à Rimbaud, c’est un tout autre défi.

photo : Didier Helleux (dr)

Secteur postal 59. Didier Helleux, chant et composition ; Françoise Cardot, piano. Théâtre de Ménilmontant, 01 46 36 98 60 (www.menilmontant.info). Ce spectacle sera redonné les 24 et 25 octobre.

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1 Message

  • Apollinaire, Lou et la mélodie 20 octobre 2012 13:46, par Didier Helleux

    Merci à Christian Wasselin pour ce très bel article. Cela m’incite d’autant plus à lui faire parvenir mon disque, dans lequel chansons et "mélodies" s’entremêlent. Ce sont mes deux amours, je ne veux pas choisir...
    amicalement
    Didier Helleux

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