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Anne Rodier enchante Séverac

par Christian Wasselin

Un enregistrement très réussi vient nous rappeler que Déodat de Séverac fut aussi un compositeur de mélodies sensible et inspiré.

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ON CONNAÎT (UN PEU) DÉODAT DE SÉVERAC pour ses pièces destinées au piano (Le Chant de la terre – mais oui ! –, En Languedoc, Cerdaña). Or ce disciple de Vincent d’Indy et de Magnard, mais aussi d’Albeniz, écrivit aussi des opéras (dont Héliogabale, qu’on pourra ou non comparer à l’Eliogabalo de Cavalli représenté à l’Opéra de Paris) et des mélodies.

C’est cet aspect de l’œuvre de Séverac que la soprano Anne Rodier a souhaité faire entendre et, il faut bien le dire, faire découvrir, à la faveur d’un enregistrement qui réunit dix-sept mélodies et deux extraits de l’opéra Héliogabale précité.

Contemporain de Ravel, Séverac fait partie de ces musiciens qui n’eurent jamais l’intention de mettre bas leur héritage et d’inventer une nouvelle grammaire musicale. Ses compositions pour la voix s’inscrivent dans une tradition qu’on pourrait appeler celle du « bien-dire » ? tant elles font preuve d’un souci de faire dialoguer la voix et l’instrument, tant elles prennent appui sur le texte, également, pour faire entendre chaque mot grâce à un souci harmonique toujours au service de la ligne de chant. La mélodie selon Séverac n’est jamais déclamatoire ; comme l’écrit Lionel Pons dans la plaquette très soignée qui accompagne cet enregistrement, « l’élégance, l’art de dire font partie intégrante de la perception néoclassique de Séverac ». Car il y a beaucoup de rigueur dans cette musique, en tout cas autant de rigueur que de pittoresque. Il serait temps en effet de balayer les préjugés qui font de Séverac, sous prétexte qu’il a aimé sa terre natale (le Languedoc) et a longtemps vécu à Céret, un compositeur régionaliste, voire provincial.

Quand la musique s’envole

C’est la leçon que nous donne ici Anne Rodier, qui met sa voix chaleureuse, son tempérament et son art des nuances au service de compositions pour la plupart graves et mélancoliques, où l’on chercherait en vain quelque trace de folklore ou de couleur locale facile. À côté de quelques pages composées sur des poèmes signés Verlaine ou Baudelaire, on découvre ici des mélodies inspirées par des auteurs moins célèbres tels que Maurice Magre (Chanson de Blaisine) ou Prosper Estieu (Chanson pour le petit cheval), voire sur des textes écrits par Séverac lui-même (À l’aube dans la montagne). La musique prend parfois le large, s’exalte et trouve des proportions étonnantes comme dans le très bel Infidèle, qu’Anne Rodier interprète à la manière d’un drame miniature ou, dans un autre registre, comme dans ce Chevrier qui transcende largement le texte de Paul Rey

Ce disque contient aussi quelques parodies du XVIIIe siècle (Philis) et deux ou trois mélodies religieuses (Salve regina) qui n’ajoutent rien à la gloire du compositeur. Mais les deux extraits d’Héliogabale que chante ici Anne Rodier avec l’ampleur qui convient, nous donnent envie d’écouter cet opéra qui fut créé en 1910 aux arènes de Béziers et auquel la soprano s’était déjà intéressée dans son récital intitulé « Béziers, la Bayreuth française ».

François-Michel Rignol a enregistré les œuvres pour piano de Séverac (3 CD Solstice), comme l’avait fait avant lui Aldo Ciccolini. Il ne se contente pas d’accompagner la chanteuse mais met en valeur la très belle partie de piano de pages comme Chanson pour le petit cheval.

Si l’on ajoute que la prise de son rend justice à l’équilibre voulu par le compositeur entre voix et piano, et à la complicité trouvée par les deux interprètes, on aura compris que cet enregistrement est autant une réussite qu’une rareté.

Déodat de Séverac : Mélodies. Anne Rodier, soprano ; François-Michel Rignol, piano. 1 CD Solstice SOCD 319.

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