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Critiques / Théâtre

Andorra de Max Frisch

par Gilles Costaz

De la tolérance à la haine

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Max Frisch est grand auteur suisse, un peu oublié, auquel on revient régulièrement. Fabien Chappuis puise dans son théâtre une pièce quasi mythique, Andorra, qui n’avait sans doute pas été jouée depuis une cinquantaine d’années (Gabriel Garran ouvrit le théâtre de la Commune, à Aubervilliers, avec cette oeuvre). Andorra est une ville, un pays imaginaires. Les habitants ont toujours aimé le petit Andri, enfant juif, qu’a adopté un couple et qui est, pour eux, l’image de leur bienveillance et de leur tolérance. Mais, alors qu’Andri a atteint l’âge adulte, on apprend qu’il n’est pas juif. Son père l’a fait passer pour tel parce que l’enfant est illégitime : ainsi la supercherie devenait une action morale. Tout s’effondre autour d’Andri : ses relations avec ses parents, avec le clergé, avec les citoyens… Cela finira en tragédie, la tolérance se transformant en haine.
On ne peut d’admirer la mise en scène de Fabien Chappuis, qui a le sens du dépouillement, des ombres (le spectacle est très nocturne) et de la nervosité des conflits. Romain Dutheil endosse le rôle principal avec fièvre, étant tour à tour secret et éclatant. Les prestations de Laurent D’Olce, Anne Coutureau, Marie-Céline Tuvache, Elisabeth Ventura, Loïc Risser, Alban Aumard sont vibrantes. Mais la pièce, même ainsi allégée par le metteur en scène, est un objet de musée. D’autres textes de Frisch restent passionnants. Celui-ci, à vouloir faire du théâtre à thèse prenant à contrepied le théâtre à thèse brechtien, à multiplier les versions des événements pour faire réfléchir sur la notion de vérité, n’échappe à une certaine lourdeur. On sera plus sensible à la passion de cette jeune équipe qu’à la forme dépassée de ce drame qui porte les rides de son âge (Frisch l’écrivit en 1965).

Andorra, autopsie d’une haine ordinaire, de Max Frisch, traduction d’Armand Jacob, adaptation, mise en scène et scénographie Fabian Chappuis, musique de Cyril Romoli, chorégraphie Yann Cardin, lumière de Florent Barnaud, vidéo de Bastien Capela & Quentin Defalt, régie vidéo de Ludovic Champagne, costumes de Maud Berthier et Domitille Roche-Michoudet, masques de Sébastien Puech, avec Alban Aumard, Anne Coutureau, Romain Dutheil, Stéphanie Labbé, Hugo Malpeyre, Laurent d’Olce, Loïc Risser, Marie-Céline Tuvache, Elisabeth Ventura Eric Wolfer.

Théâtre 13/Seine, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 14 février. (Durée : 1 h 55).

Photo Loran Perrin.

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