Accueil > Amphitryon de Molière

Critiques /

Amphitryon de Molière

par Gilles Costaz

L’amour comme une collision de planètes

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Amphitryon n’est-elle qu’une pièce gaillarde où le dieu des dieux prend l’apparence d’un homme pour profiter impunément des faveurs de sa ravissante épouse ? Il y a de cela dans la comédie de Molière qui faisait rire des tromperies de Louis XIV abritant dans son lit la femme d’un de ses généraux. Mais c’est aussi un brillant jeu de doubles, avec les deux Amphitryon, le vrai et Jupiter transformé en copie conforme du général, et les deux valets, le vrai qui s’appelle Sosie et le faux qui est un autre dieu, Mercure. Guy-Pierre Couleau a ausculté le texte d’une manière différente de ses prédécesseurs, qui est tout à fait neuve. Dans cette histoire de dieux il a vu à l’œuvre les connaissances scientifiques et la pensée matérialiste de Molière. Comme dans Dom Juan, il y a ou il y aurait une réflexion sur l’univers et le silence du ciel. Aussi a-t-il monté Amphitryon à la fois comme une pièce foraine, sur un tréteau en noir laqué, et comme une série de rencontres inscrites dans la vie cosmique, avec des sphères et des comètes surplombant l’action des personnages. Les corps des amoureux se rejoignent comme les planètes tournent dans le ciel jusqu’à la collision.
On n’avait sans doute jamais joué ce texte avec cette profondeur, et donc avec une malice qui s’abstrait des traditions boulevardières mais n’en regorge pas moins de gags et de facéties. Couleau va même jusqu’à se faire ressembler dans la nuit un Mercure à la peau noire, l’excellent Kristof Langromme, et un Sosie à la peau blanche, l’extraordinaire Luc-Antoine Diquéro qui rejoint là les plus grands interprètes de serviteurs butors – c’est un arlequin d’une mobilité clownesque et d’une intensité humaine de très haut vol. Clémentine Verdier compose une belle Alcmène, soucieuse de son aristocratie et néanmoins emportée par sa sensualité : un très beau cheminement d’actrice entre le feu et la glace. Le jeu de miroirs entre François Rabette, qui joue Amphitryon, et Nils Öhlund, qui se charge d’être Jupiter, est déployé par ces deux comédiens avec beaucoup de finesse et avec autant de différences que de ressemblances. Isabelle Cagnat, en servante d’Alcmène, est d’une permanente vivacité et Jessica Vedel donne à la figure abstraite de la Nuit de l’épaisseur et de l’élégance. Le spectacle de Guy-Pierre Couleau est précisément un halo de lumière projeté dans la nuit cosmique, ce qui multiplie les plaisirs de cette « pièce à machines » comme sondée par Rosetta et Philae !

Amphitryon de Molière, mise en scène de Guy Pierre Couleau, assistanat de Carolina Pecheny, lumières de Laurent Schneegans, scénographie de Delphine Brouard, costumes de Laurianne Scimemi, maquillage de Kuno Schlegelmilch, avec Luc-Antoine Diquéro, Clémentine Verdier, Nils Öhlund, Isabelle Cagnat, François Rabette, Kristof Langromme, Jessica Vedel.

En tournée : Sainte-Maxime, 5/11. Istres, 8/11. Bar-le-Duc, 17/11. Béthune, 22-25/11. Malakoff, 30/11-4/12. Lyon (Célestins), 17-28/1. Dunkerque, 10-11/1. Contact : Comédie de l’Est, Colmar, 03 89 41 33 26.

Photo André Muller.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.