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Critiques / Théâtre

Alexandre de Racine, adapté par Sotha

par Gilles Costaz

Trois rois et deux reines

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« Alexandre de Sotha d’après Racine », dit le verso du flyer. « Alexandre de Racine restauré par Sotha », dit le recto du flyer. Quel que soit le travail d’adaptation de Sotha, personne ne peut s’attribuer ces alexandrins qui restent de Racine, même allégés et bricolés ! Pour le titre, Alexandre le grand, deuxième pièce de l’auteur de Phèdre, est devenu Alexandre ou le Dessous des conquêtes et le spectacle est vendu par le Café de la Gare comme une « sorte de Game off Thrones ». Tout ça n’est pas bon signe ! Pourtant, le spectacle est réussi. Le bla bla communicatif a été pensé en surface et la mise en scène menée en profondeur.
Déjà dans Alexandre, le jeune Racine fait passer l’urgence de l’amour avant les nécessités politiques. Deux rois de pays voisins rêvent d’obtenir les faveurs d’une reine de la même géosphère mais le jeune Alexandre, en grand chef militaire, menace de tout prendre en main, d’écraser rivaux et rivale. De toute façon, il en aime une autre ! Ce Racine débutant est encore optimiste : un seul des personnages paie sa passion au prix fort, c’est-à-dire en mourant. Tout, dans la mise en scène très tenue de Sotha, se passe dans une tente et autour d’une tente. On est dans un campement sobrement élégant. Les personnages se servent à boire, peut-être trop (c’est le seul caractère répétitif dans une gestuelle le plus souvent maîtrisée et mesurée). Et ils s’affrontent, cherchent la paix ou la guerre, s’aiment ou se défient. Jean-Romain Krynen joue un Alexandre d’une belle douceur intérieure. Manon Rony, en reine Axiane, ose des colères qu’on ne s’autorise pas toujours dans la tragédie et équilibre subtilement ses énergies. Jean-Yves Roan et Pascal Guignard Cordelier savent être les âmes grises et complexes du monde politique. Frédéric Bonpart donne une image habilement souriante d’un souverain. Salomé Mandelli est peut-être d’une douceur excessive dans un rôle de femme aguerrie par l’expérience mais elle introduit un contraste, une opposition utiles à l’intérieur du paysage humain.
Cette jeune équipe, dont tous les acteurs se sont jusqu’alors exprimés dans la comédie, surprend par sa façon tendre et juste d’aimer et de jouer Racine. On applaudit.

Alexandre ou le Dessous des conquêtes de Jean Racine, version et mise en scène de Sotha, avec Salomé Mandelli, Pascal Guignard Cordelier, Frédéric Bonpart, Manon Rony, Jean-Yves Roan (en alternance avec Fred Saurel) et Jean-Romain Krynen (en alternance avec Jean Vocat).

Café de la gare, le mercredi et le samedi à 15h30, et parfois en soirée, tél. : 01 42 78 52 51. Jusqu’au 1er juin. Reprise au Festival off d’Avignon, Théâtre des Amants, 11 h 25. (Durée : 1 h 20).

Photo : Manon Rony, Frédéric Bonpart. Photo DR.

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