Les 19 et 24 juin 2026 à 20h30, performance in situ dans la Cour d’Honneur du Lycée Saint-Louis, 44 bd Saint-Michel 75006.

Albert & Les Fantômes de Saint-Louis, une rhapsodie de la guerre, création et mise en scène Dimitra Pandora - compagnie Isotopia.

L’incongruité permanente de toute guerre, une mise à la question.

Albert & Les Fantômes de Saint-Louis, une rhapsodie de la guerre, création et mise en scène Dimitra Pandora - compagnie Isotopia.

La critique des régimes politiques puis économiques a entraîné des jugements sur les aptitudes à favoriser la guerre : les grands empires, pour des finalités de conquête, les régimes féodaux, pour la maîtrise de territoires. Dans les temps modernes, sont accusés de propension à la guerre les dictatures, les impérialismes, le régime capitaliste, les fanatismes religieux…

Parallèlement à la « pulsion de mort » freudienne ou aux valeurs idéologiques de courage et d’énergie de la mentalité guerrière, on a cherché à comprendre la guerre sans pour autant la justifier, en reconnaissant sa fascination occulte et puissante, la guerre étant comprise comme un trop-plein d’énergie, qui en expliquerait la genèse archaïque : « Le goût du costume de guerre magnifique et voyant est archaïque. Primitivement, la guerre semble être un luxe. Non pas le moyen d’accroître par la conquête la richesse d’un souverain ou d’un peuple ; mais une exubérance agressive, maintenant la largesse de l’exubérance. » (Georges Bataille, L’Erotisme, dans Le Dictionnaire culturel de la langue française, Le Robert.)

En 1932, dans l’Entre-deux-guerres en Europe, Albert Einstein interroge Sigmund Freud sur l’origine de la guerre et les moyens de l’empêcher. Albert & Les Fantômes de Saint-Louis, une rhapsodie de la guerre, création et mise en scène de Dimitra Pandora, artiste et enseignante de théâtre, s’empare de cet échange épistolaire inouï pour inventer une scène où surgissent savants et penseurs du passé répondant aux questions d’Einstein, face public.
Une performance hybride, telle une rhapsodie et composition musicale.

Et après la tragédie d’Eschyle, Les Perses, pour l’année 2025-26 avec les lycées Saint-Louis et Emile Dubois à Paris, montée par Dimitra Pandora, la conceptrice a imaginé Albert & Les Fantômes de Saint-Louis. Cet atelier de théâtre hebdomadaire au Lycée Saint-Louis lie l’expression corporelle à la créativité - un esprit d’apprentissage, de curiosité et d’exploration. Est rajouté au thème de la science, le thème de la guerre - péril qui sévit dangereusement çà et là, sujet d’actualité, consternation et accablement.

Ce chant est cousu de fils subtils, qu’ils relèvent de la science, de la littérature ou des arts, ou d’époques temporelles pour le moins variées. Ainsi cohabitent des figures de temps divers et antithétiques qui prennent vie et s’incarnent aux yeux des spectateurs, dans un présent englobant : le poète Hölderlin, et Périclès, Einstein, et autres poètes ukrainiens contemporains.

Les comédiens-étudiants en classes préparatoires scientifiques, incarnent ces « fantômes » avec énergie, fantaisie et sensibilité, souvent accompagnés de musiciens jouant en direct. Chaque interprète traverse un moment de « seul en scène », une belle expérience d’autonomie et d’incarnation, tandis que des scènes chorales chorégraphiées révèlent la puissance émouvante du collectif dans la reconnaissance de soi : images orthodoxes de déposition christique portée par des figurants, visions de figures sacrifiées à la mort, sculptures vivantes de la Grèce antique - orateurs, philosophes et stratèges.

Soit une performance itinérante dans la Cour d’Honneur du Lycée Saint-Louis, dont l’Histoire et l’architecture sont le décor vivant de la création, le public étant invité à circuler dans les espaces, d’une Porte d’Honneur à l’autre - parcours théâtral entre mémoire, savoirs et création contemporaine.

« Le spectacle aspire à interroger notre époque conflictuelle et fragmentée tout en racontant la tragédie - mais aussi la beauté - de la condition humaine. » La création entraînera dans son sillage de nouvelles variations.

La promenade poético-scientifique débute avec l’échange épistolaire de 1932 entre Einstein et Freud, le second privilégiant l’exploration de « l’âme » entre Eros et Thanatos, le premier s’interrogeant sur le Bien et le Mal existentiels.
Est convoquée par association la physicienne Marie Curie, penchée à sa façon sur la mise à mal du corps affligé, champ de bataille entre belligérants.

On écoute un poème intense, « Le signe de la croix radioactive » de Vano Kriugker, 2020, traduit de l’ukrainien par Sofia Polonska, élève du Lycée Saint-Louis. Un autre écrit ukrainien est à l’honneur, « Les paroles de la pluie », de Bohdan-Oleh Horobtchouk, (Anthologie par Ella Yevtouchenko et Bruno Doucey, édit. Bruno Doucey, 2022). Résonne encore un autre poème ukrainien, « La Mine de la Langue Française » de Lubov Yakymtchouk.

Puis on passe à l’Eloge funèbre de Périclès, extrait de La Guerre du Péloponnèse de Thucydide ; ensuite à un extrait de Hypérion ou L’Ermite de Grèce de Friedrich Hölderlin ; puis à « L’Île aux musées » de Andrian Kasnitz, traduit du grec par Nikos Graikos. Et d’autres poèmes aussi, qu’ils soient ukrainiens ou grecs ou français comme « Barbara » de Jacques Prévert.

Le spectacle invite à une attention vive et soutenue du public, interpelé par l’actualité brûlante de la guerre, conflit qui ne peut qu’intriguer ces jeunes gens prometteurs à l’aube de leur existence et découvrant à peine la force de cet élan fou à vivre, que la guerre voudrait enrayer en la canalisant vers un monde illusoire fallacieux, inventé par des tyrans populistes inconséquents.

Albert & Les Fantômes de Saint-Louis, une rhapsodie de la guerre, création et mise en scène Dimitra Pandora - compagnie Isotopia-, comédiens et musiciens : étudiants du Lycée Saint-Louis, responsables de projet Corinne Bartet & Caroline L. Rossant. Conception, composition de textes, mise en scène et pédagogie Dimitra Pandora (compagnie Isotopia), textes de Einstein, Freud, Thucydide, Holderlin, Prévert…Extraits de musique Bach, Chostakovitch, Sergeyev, Stravinsky, Chopin, chant traditionnel ukrainien… Aide chorégraphique Loreto Azocar, comédiens Onur Bal, Matéo Denié, Grégoire Henry, Eléonore Lento, Lucien Péron, Loïck Proust, Isabella Vigario, avec la participation de Sofia Polonska, musiciens Vianney Doin au piano, Amir Benaïcha au violon, une production du Lycée Saint-Louis en partenariat avec Isotopia. Les19 et 24 juin 2026 à 20h30, performance in situ dans la Cour d’Honneur du Lycée Saint-Louis, 44 bd Saint-Michel 75006.
Crédit photo : Dimitra Pandora

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Véronique Hotte

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