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Critiques /

Acting de Xavier Durringer

par Gilles Costaz

Master class en cellule

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La prison entremêle les condamnés sans réfléchir. Ainsi peut-elle mettre dans une même cellule un champion des fausses factures, un metteur en scène qui a commis un meurtre et un cuisinier. En taule, on ne peut pas rester entre gens de son milieu ! C’est ce qui plaît à Xavier Durringer qui revient au théâtre après une longue absence, ayant été accaparé par une brillante vie de cinéaste et de romancier. Nous voilà donc dans une geôle où les lits et les vies se superposent. Deux hommes sont là qui accueillent un nouveau venu, et ce n’est pas vraiment très chaleureux. On se regarde en chiens de faïence. Les deux taulards déjà en place ne sont pas des gens raffinés, ils pensent bouffe et télé avant tout. Celui qui arrive a fait carrière dans le théâtre ; il n’a que le défaut d’avoir tué quelqu’un, ce qui n’enlève rien à la classe qu’il aime afficher avec un brin de distanciation. Le prisonnier qui s’adonne à la cuisine ne parle pas ; ça ne l’intéresse pas. Celui qui fait dans la carambouille ne reste pas muet, lui. Un artiste de théâtre à côté de lui, c’est troublant. S’il lui demandait de lui apprendre l’art de jouer, de faire de lui un comédien ! Réticent d’abord, le metteur en scène emprisonné se décide. Il va tenter de faire de ce petit truand le plus grand acteur de tous les temps, en lui faisant travailler le rôle d’Hamlet. Ce ne sera pas simple avec des tempéraments et des histoires diamétralement opposés. Mais c’est parti : Robert le sombre théâtreux s’applique à métamorphoser Gepetto le joyeux truqueur de chiffres. Chacun a beaucoup à apporter à l’autre, sous le regard du copain muet, mais, en tôle, tous les jeux sont dangereux.
La pièce respire l’humanité, l’art de se comprendre jusque dans les querelles. Mais c’est surtout un texte sur le théâtre. Comment transmettre ? Comment apprendre ? Comment dépasser les inhibitions du maître et celle de l’élève ? Durringer parvient à faire de ces questions artistiques, parfois abstraites ou difficiles, tout un bouquet de situations et de répliques comiques. Quelle patte il a, Durringer, dans le dialogue bagarreur et la parole souterraine ! Quelle saveur dans le coup de poing ou la caresse de chaque réplique ! Et quel sens de la relation entre les personnages et des débordements imprévus ! Pourtant, Durringer nous conte sans doute son histoire avec le théâtre : il n’était pas taulard, bien sûr, mais, au temps où il était un jeune chien fou, il a certainement appris d’un maître la rigueur et la grandeur de l’art dramatique de cette manière qui tient du rodéo. On peut certainement lire cette pièce comme une comédie nourrie d’éléments autobiographiques, à travers laquelle l’écrivain ayant atteint sa maturité donne, sous le couvert du rire, sa leçon de théâtre et de vie. Il a lui-même mis en scène son huis-clos – dans un décor dessiné par son frère Eric Durringer, qui a un sens judicieux de la verticale et de l’horizontale – avec le sens du temps qui passe et qui exaspère les nerfs des personnages. Niels Arestrup, dans le rôle du prof de théâtre, est un bloc massif et mystérieux, traversé de pudeurs et de douleurs : il est admirable ! Kad Merad lui oppose une forme de placidité, d’innocence blagueuse, avec une belle vérité ; il accomplit d’ailleurs accomplit une scène délicate avec beaucoup d’allure. Patrick Bosso joue l’homme qui ne dit pas un mot : tantôt au sol, tantôt dans les hauteurs du décor (son personnage a hérité du lit le plus élevé ! ), il réussit à être aussi présent que ses partenaires. Grave et roublard, leur trio fait flamber une épatante tragi-comédie populaire.

Acting de Xavier Durringer, mis en scène de l’auteur, décor d’Eric Durringer, lumières d’Orazio Trotta, costumes de Nathalie Benoin, avec Kad Merad, Niels Arestrup, Patrick Bosso.

Bouffes Parisiens, tél. : 01 42 96 92 42. Texte aux éditions Théâtrales. (Durée : 1 h 45).

Photo Les Bouffes Parisiens.

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