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Absence et Présence du texte théâtral

par Gilles Costaz

Secousses sismiques sur l’écriture dramatique

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Joseph Danan est un auteur de théâtre, passionnant (depuis ses textes pour enfants, comme Jojo le récidiviste, jusqu’à ses grandes pièces comme le feuilleton hors normes intitulé Lendemain). Mais c’est aussi un essayiste, un observateur des formes théâtrales, un sismologue de ce qui ébranle et change le théâtre (les secousses sismiques ne manquent !). Après avoir publié Qu’est-ce que la dramaturgie ? et Entre théâtre et Performance : la question du texte, il revient au problème du matériau littéraire avec Absence et Présence du texte théâtral. Ici, l’auteur se fait savant comme le diable se fait ermite. Il ne prend pas parti. Il constate : la place du texte a totalement explosé. Il ne juge pas, concluant malicieusement : « Vous comprendrez que, dans un théâtre de l’ère quantique, le nôtre, c’est chaque spectateur qui décide, dans l’intimité de sa conscience – ou de son inconscience – si le texte est mort ou vivant… »
Dans son éprouvette, Danan fait passer des artistes aussi différents que Julie Deviquet, Rodrigo Garcia, Tomas Ostermeier, Dorian Rossel, Christiane Jatahy, Jean-François Peyret, Tg’Stan, Marie-José Malis, François Tanguy, Tiago Rodrigues, les Chiens de Navarre, Romeo Castellucci et même de jeunes metteurs en scène encore très peu repérés, comme Roger Bernat et Yan Deyvendak, Arnaud Maïsetti et Jérémie Scheidler… Très axé sur les créations récentes, l’examen remonte aussi vers Beckett, Heiner Müller, Artaud, Craig et même Shakespeare dont Danan, s’appuyant sur l’étude de Roger Chartier, souligne le flottement d’une écriture laissée à des copistes. Tout diverge et tout concorde : c’est la grande richesse de cet essai. Les expériences sont multiples, parfois inconciliables, mais elles redéfinissent toutes la place du texte, cassé, retoqué ou effacé. L’étendard de ces mouvements rebelles serait la phrase de Julie Deliquet qui retouche le dialogue de Tchekhov et déclare : « Il ne faut pas que ça fasse texte ».
En devenant absent, l’auteur reste présent par son éloignement, par son retrait même, semble nous dire Danan. Le livre est une excellente photographie d’une forme nouvelle de liberté que s’octroient les metteurs en scène. Il nous donne des outils très précis pour les comprendre : au terme de texte-matériau imaginé par Jean-Pierre Ryngaert (pour parler d’une œuvre utilisée comme un élément de construction) Danan propose d’ajouter la formule de texte-gisement (pour rendre compte d’un théâtre qui part d’une œuvre pour en conserver ou n’en pas garder quelques morceaux originels). Ce sont de très justes concepts à l’intérieur d’un tableau pertinent : toute une vague du théâtre en train de fracasser l’héritage ancestral ! Mais Danan l’auteur nous doit à présent une défense des auteurs. Car tout un théâtre moderne renaît grâce aux textes et aux auteurs. Même des écrivains cités par lui comme des « matériaux » ou des « gisements » - on pense, par exemple, à Elfriede Jelinek – incarnent une neuve vitalité de la littérature théâtrale, pas du tout prête à se laisser hacher menue.

Absence et Présence du texte théâtral de Joseph Danan. Editions Actes Sud – Papiers, 96 pages,

Photo Boutiki.

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