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Critiques / Opéra & Classique

ALCESTE de Christoph Willibald Gluck

par Caroline Alexander

En noirs et blancs, les hasards du destin selon Olivier Py

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En noirs, en blancs et en perpétuels mouvements, Alceste de Christoph Willibald Gluck (1714-1787), première création de la saison 2013-2014 de l’Opéra National de Paris, porte, avant même le lever de rideau, la signature d’Olivier Py, son metteur en scène et celle de Pierre-André Weitz, son habituel scénographe et créateur de costumes.

Tandis que les spectateurs prennent place dans la salle, sur l’avant-scène, des hommes en noirs éclairés par des barres de néon, s’affairent à installer un décor, placent et déplacent à vue des escaliers roulants et surtout des panneaux noirs, un premier tableau d’école géant sur lequel cinq d’entre eux, armés de longues baguettes dessinent à la craie blanche des traits et des courbes qui peu à peu prennent la forme de la façade du Palais Garnier qui les abrite.

Leur va et vient va se poursuivre durant tout le déroulement de cette tragédie lyrique inspirée d’Euripide et qui fut l’un des moteurs de la réforme de l’opéra opérée par Gluck au cœur du 18ème siècle. Un ballet incessant de machinistes occupe la scène avec ses illustrateurs qui tracent, épongent, effacent, esquissent au gré des situations ou de leur symbole, un temple, une forêt pétrifiée, un cimetière, un port…

Cette agitation s’insère dans les couleurs de la musique et se substitue au statisme imposée par son livret (revu en langue française en 1776). Car dans ce chant d’amour absolu et de sacrifice, cette marche vers la mort voulue par Alceste pour sauver la vie d’Admète son époux condamné par les dieux, il ne se passe pas grand-chose. Une suite de quiproquos où Admète malade, puis guéri, finit par comprendre que le miracle de sa guérison est dû au sacrifice de sa femme bien aimée. Alors qu’ils finissent par marcher ensemble vers les Enfers, Hercule intervient in extrémis et leur concocte un dénouement heureux, véritable happy end digne d’Hollywood.

Tout bouge continument. Olivier Py semble transporter Gluck dans le monde des réseaux sociaux où les actions et les pensées se chevauchent sans arrêt via les ordinateurs, les Facebook, les iPods et autres Smartphone. Tout peut se passer en même temps, les siècles s’enjambent, le lit d’hôpital où gisent tour à tour Admète et Alceste est d’aujourd’hui, le voilier qui leur fait traverser l’Achéron est d’hier. Un danseur gainé de gris cendré joue la Mort qui harcèle ses futures proies avec ses arabesques.

L’effervescence visuelle, ses aphorismes inscrits sur les tableaux noirs – « seule la musique sauve », « la mort n’existe pas » - pourrait nuire à l’écoute. Et pourtant non, la sensualité des sons reste intacte à l’oreille. Marc Minkowski et son orchestre du Louvre Grenoble, spécialistes du répertoire dit baroque et particulièrement de Gluck dont ils ont déjà servi plusieurs opéras, forment un tout avec les visions du parti pris d’Olivier Py. Même si, au soir de la première – affaire de trac sans doute – une certaine sécheresse montait de la fosse dans la première partie du spectacle. Dans la deuxième, où l’orchestre prend place sur la scène – laissant la fosse aux habitants de l’au-delà – tout le suc gluckien, sa clarté et les envolées de ses grands sentiments, atteignait leur juste épure.

Petite déception côté vocal pour le rôle-titre : Sophie Koch, la splendide straussienne, ne réussit pas à accorder son timbre de mezzo-soprano au style de la musique de Gluck. Belle créature, émouvante comédienne dans son personnage d’amoureuse absolue, ses aigus partaient parfois en flèche et à d’autres instants ses graves se perdaient dans les brumes. En coryphée, la jeune Marie-Adeline Henry, soprano d’une rare pureté, entre dans cette musique comme dans un habit taillé sur mesures. On pouvait par moments la rêver en Alceste. Roberto Alagna avait renoncé à Admète et Yann Beuron qui enfile les tenues et les grands airs du roi, lui offre la grâce et l’énergie d’une voix toute en finesse et raffinement. Jean François Lapointe possède les graves ténébreux et l’autorité du Grand Prêtre d’Apollon, tandis qu’au final Franck Ferrari, en Hercule prestidigitateur de music-hall, portant frac et chapeau claque dont il fait jaillir une colombe, remet la tragédie sur les routes du bonheur retrouvé.

Stanislas de Barbeyrac (Evandre), Florian Sempey (Apollon), François Lis (l’Oracle) et Bertrand Dazin (coryphée alto) complètent la distribution en offrant aux personnages secondaires des minutes de premiers rôles.

Avec son Alceste sauvée mais désormais voilée de noir, Olivier Py laisse son héroïne aux mains des hasards et du destin (Anankè). C’est sa profession de foi. On en retrouvera les marques dans le marathon de ses prochaines mises en scène : Aida de Verdi à l’Opéra Bastille dès le mois d’octobre, la création de Siegfried Nocturne de Michael Jarrell dans le cadre du Wagner Geneva Festival à Genève en novembre et, en décembre, Hamlet d’Ambroise Thomas à la Monnaie de Bruxelles et Le Dialogue de Carmélites au Théâtre des Champs Elysées à Paris. Avant d’endosser les habits du prochain directeur du festival d’Avignon.

Alceste de Christoph Willibald Gluck, livret de François Louis Gand Le Blanc du Roullet d’après Ranieri de Calzabigi, chœur et orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble, direction Marc Minkowski, mise en scène Olivier Py, décors et costumes Pierre-André Weitz, lumières Bertrand Killy, chef de chœur Christophe Grapperon. Avec Sophie Koch, Yann Beuron, Jean-François Lapointe, Franck Ferrari, Stanislas de Barbeyrac, Marie-Adeline Henry, Florian Sempey, François Lis, Bertrand Dazin .

Palais Garnier, les 12, 19, 25, 28, septembre, 2, 4, 7 octobre à 19h30, les 15 et 22 septembre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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