Du 3 au 20 décembre 2025 au Théâtre Amandiers-Nanterre-CDN.

A propos d’Elly, d’après Ashgar Farhadi/ tg STAN, adaptation scénique du film À Propos d’Elly d’Asghar Farhadi, concept Jolente De Keersmaeker, Scarlet Tummers.

Un spectacle vivant et vibrant sur la mésentente encore irréductible de l’image de la femme.

A propos d'Elly, d'après Ashgar Farhadi/ tg STAN, adaptation scénique du film À Propos d'Elly d'Asghar Farhadi, concept Jolente De Keersmaeker, Scarlet Tummers.

Sur les rives de la mer Caspienne, un groupe d’amis venus de Téhéran passe le week-end avec leurs enfants. Parmi eux, Elly, l’institutrice de la fille de Sepideh, qu’elle a invitée sans vraiment la connaître. L’ambiance est légère et joyeuse jusqu’à la disparition soudaine d’Elly. L’inquiétude devient angoisse puis suspicion, faisant éclater mensonges et non-dits. Chacun se dévoile et la solidarité du groupe se fissure. Un autre Iran se dessine, plus traditionnel et dur, où la place des femmes peine à évoluer. Dans une société rigide, la compassion rivalise avec le poids du conformisme.

La compagnie flamande de tg STAN, revisite À propos d’Elly (2009), un film du cinéaste iranien Asghar Farhadi dans lequel une communauté de proches vole en éclats, rattrapée par le fondamentalisme de la société iranienne.

Créée au printemps 2023, cette adaptation du film d’Asghar Farhadi réunit onze comédiens de quatre compagnies et d’horizons divers - irakien, iranien, belge, néerlandais, afghan - pour une performance sans metteur en scène, fidèle à la démarche collaborative, collective, horizontale de tg STAN.

La scénographie économe et rudimentaire est suggestive : une surface de pierres miroitantes sous la pluie, dont sont faites certaines plages et où il est relativement malaisé de se mouvoir - l’engagement des pas est inconfortable face aux risques de glissement ou de torsion des chevilles. Ce coeur du plateau n’en recèle pas moins une valeur plastique et esthétique que recouvre parfois une simple bâche - rappel de l’art de Philippe Genty - pour figurer la mer immense, déchaînée et intraitable, belle force d’un élément indomptable. Et c’est le collectif des comédiens qui s’applique à élever et abaisser les vagues marines, placé de part et d’autre de la grande bleue, que rappelle sur le mur de lointain une large toile peinte de mer et de ciel.

Les mêmes, de jardin à cour puis de cour à jardin, marcheront sur la plage, entre vagues et rochers, pour tenter de recueillir à leurs pieds peut-être le corps échoué et introuvable d’Elly. Une belle communauté d’interprètes devenue grave tout d’un coup, recluse dans sa propre intériorité individuelle.

Et pourtant, ce groupe d’amis faisait preuve jusqu’alors de joie de vivre et d’élan à passer ensemble quelques jours de repos estival, de jeunes gens qui sont des parents aussi, qui aiment à partager des instants de répit et de jeu. Humour et comédie, les rôles des deux enfants sont portés par deux comédiens adultes qui témoignent d’une folie enfantine de belle intensité, portant les accessoires élémentaires et colorés des divertissements d’enfance : cerf-volant, mouette qui vole sur une tige brandie, élevée et hissée, sans oublier la trouvaille d’un gros poisson, les bouées pour nager.

Les interprètes s’amusent, festoient sur une couverture de pique-nique, chantent et dansent, rien qui ne ressemble plus au goût de vivre et d’oublier un peu le quotidien, attentifs pourtant les uns aux autres. Jusqu’à ce que l’adversité advenue ne les sépare, ne les désunisse, chacun retournant à soi.

La femme est la personne sociale en question ou mise à la question, elle doit correspondre à la loi patriarcale intériorisée du pays qui la manipule et l’infantilise : elle ne doit pas faire preuve d’états d’âme qui fragiliseraient les fondements d’une construction de soi trop aléatoire, approximative et mouvante, puisque la femme est assignée, une fois pour toutes, à une place qui lui est indiquée de l’extérieur. Et l’image initiale de la représentation est éloquente quand on voit allongée sur la plage de pierres, Elly, abandonnée et roulant sur elle-même, échouée, perdue, soit l’image prémonitoire de son anéantissement à venir. Seule, Sepideh - Jolente De Keersmaeker - , l’organisatrice du séjour à la mer, voudrait sauver son amie et lui restituer sa dignité.

Une mise en scène vivante et vibrante et pleine de son pesant d’humanité.

A propos d’Elly, d’après Ashgar Farhadi/ tg STAN, adaptation scénique du film À Propos d’Elly d’Asghar Farhadi, concept Jolente De Keersmaeker, Scarlet Tummers. De et avec Haider Al Timimi ou Luca Persan, Kes Bakker, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Lukas De Wolf,
Anna Franziska Jäger, Manizja Kouhestan,i Armin Mola, Mokhallad Rasem, Scarlet Tummers, Stijn Van Opstal. Décor Joé Agemans et tg STAN, lumière Luc Schaltin, costumes Fauve Ryckebusch, concept musical Frank Vercruyssen, dramaturgie version française, Khatoon Faroughi, assistance de traduction Estelle Zhong Mengual. Du 3 au 20 décembre 2025 au Théâtre Amandiers-Nanterre-CDN.

Crédit photo : Kurt van der Elst.

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Véronique Hotte

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