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Critiques / Théâtre

4.48 Psychosis de Sarak Kane

par Gilles Costaz

La misère et la grâce

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C’est son dernier texte, écrit en 1999. Quelques mois après, Sarah Kane va se donner la mort. Elle ne verra jamais 4.48 Psychosis. En France, la pièce a surtout été connue par la mise en scène de Claude Régy et l’interprétation d’Isabelle Huppert, jouant totalement immobilisée sur un seul point de la scène des Bouffes du Nord, plus d’une heure durant.. Christian Benedetti avait déjà monté la pièce avant Régy et en reprend la mise en scène aujourd’hui. C’est une incarnation toute différente. 4.48, ce chiffre correspond à une heure. L’heure à laquelle une malade a rendez-vous avec la personne qui la soigne, avec elle-même, avec la vie, avec l’amour, avec la mort. Elle lance tout ce qui lui déchire le corps et l’âme : ses souffrances, son désir de mourir, ses réactions aux médicaments, ses fureurs contre des vérités qui ne sont pas les siennes, ses souvenirs amoureux, son espoir d’être toujours aimé, son amour des autres, et surtout le sentiment d’être dans un corps qui n’est pas le sien. Nulle part elle n’est à sa place, surtout pas dans ce corps étranger. Elle parle à la première et à la troiisème personne, elle parle à la place de ceux qui lui parlent. Elle se désole, se déchire, agresse, sourit, s’apaise, s’effondre... Elle chavire, dans un dernier vertige, après, cependant, un dernier sourire.
Hélène Viviès se déplace peu sur le long coffre de bois sur lequel elle mène, droite, la lutte de son personnage contre ce qui l’étouffe. Mais elle vit, elle bouge, agite les pieds, tend les bras, donne à ses sourires la plénitude. La conception de Benedetti est donc fort différente du choix dominant d’une tragédie glacée et statique quand il s’agit de monter une œuvre de Sarah Kane. Le cri se joue sur une grande variété de notes ; il brasse tous les sentiments humains et ne présente pas un caractère férocement médical et expérimental. Dans cette appropriation, Hélène Viviès suit un parcours d’émotions qui est un parcours musical, tant il est gracieux. Chez elle, l’expression des blessures les plus profondes est lumineuse. Le désespoir devient fraternel.

4.48 Psychosis de Sarah Kane, nouvelle traduction de Séverine Magois, mise en scène de Christian Benedetti, assitant de Gaëlle Hermant, lumière de Dominique Fortin, avec Hélène Viviès.

Théâtre Studio, Alfortville, tél. : 01 43 76 86 56, jusqu’au 9 juin. (Durée : 1 h 10).

Photo Simon Annan.

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