Un Monde de la lune

Les délices bouffons de l’imposture

Un Monde de la lune

« Quel grand métier que l’imposture !  » s’exclame Ecclectico alias Jacques Hansen, présence solaire, jaquette de brocart et regard brocardeur, devant l’échafaudage de son observatoire de carnaval. Il est le narrateur gouailleur et l’unique rôle parlé de cette libre et joyeuse adaptation du Monde de la lune de Joseph Haydn et Carlo Goldoni par Mireille Quercia, animatrice de la compagnie lyrique Deus Ex Machina et Richard Martin, maître de ce Théâtre Toursky qui réchauffe un quartier Nord de Marseille. L’opus complet de cet opéra de Haydn pratiquement jamais représenté aurait duré quelques grosses heures d’horloge baroque et exigé des pointures rôdées à la démarche de cette musique-là. Mireille Quercia a tranché dans le vif, confectionné un montage allègre et lui a insufflé quelques musiques de copains ou de successeurs.

Un divertissement musical tout en malices

Depuis sa création il y a huit ans, Deus Ex Machina travaille avec de jeunes chanteurs dont la plupart sont issus du CNIPAL (Centre d’Insertion Professionnelle d’Artistes Lyriques de la région Provence Alpes-Côte d’Azur et de la ville de Marseille) ainsi qu’avec de jeunes formations musicales comme le Quintette à Vent de Marseille (formé par l’Institut Français des Instruments à Vent). On lui doit, entre autres et de belle mémoire, un Couronnement de Poppée qui révéla l’excellent contre-ténor Philippe Jaroussky. Ici le petit ensemble de vents (flûte, hautbois, cor, basson, clarinette...) dirigé presto par Ivan-Pierre Domzalski, est lesté d’une contrebasse à malices. Ce qui lui va bien au teint car tout est malice dans ce divertissement musical sans prétention mais non sans exigence, ni humour.

Une lune de carton-pâte et d’illusions de papier

Nous voici donc dans l’antre de cette fripouille d’Ecclectico, faux astrologue mais vrai baratineur, bien décidé à rouler dans la farine ce vieux barbon de Buanafede (le baryton-basse Jean Vandassi) qui rêve d’unir ses filles à un noblion de lignée. Aussitôt manigancé aussitôt exécuté, voilà Buonafede le benêt embarqué pour un voyage dans la lune, une lune de carton-pâte et d’illusions de papier où règne Cecco, valet métamorphosé en roi de foire, ainsi qu’une escouade de créatures aux décolletés en pente et à la cuisse légère. L’élixir que le faux devin lui fait boire a des relents d’ecstasy mâtiné de LSD : bref les visions les plus loufoques se succèdent dans son crâne laissant champ libre aux ébats des deux couples d’amoureux qui n’hésitent pas à se rouler des pelles et des joints...

Les anachronismes les plus farfelus (Sarko et Pasqua sont de la parade) ont des effets de poil à gratter. Haydn, bien sûr, se taille la part du lion dans le choix des extraits et des arias. Mais Mireille Quercia lui adjoint Mozart : un petit bout de Cosi fan Tutte, le final des Noces de Figaro, et Rossini : un fragment du Barbier de Séville, un autre de L’Italienne à Alger. En bande son enregistrée, Lully et Ravel lient la sauce. Ce n’est ni facile à chanter, ni confortable à mettre en instruments. Si la plupart des voix manquent encore de maturité - Emmanuelle Zoldan, Lucie Roche, Raphaël Brémard révèlent des timbres souples qu’on aura plaisir à entendre évoluer - les instrumentistes glissent sans entraves d’un accompagnement à l’autre.

Une bonne humeur contagieuse

Les enchaînements pétillent dans une bonne humeur contagieuse en parfaite osmose avec les mille et un gags de la mise en scène de Richard Martin, ce diable d’homme, utopiste de l’anarchie, frère de cœur de Léo Ferré auquel il a offert le nom de la rue qui abrite son théâtre. Il parade, il parodie, il cite Folon et ses bonshommes qui planent, invoque la faucille et le plumeau, fait tourner des tables et péter des ballons. Une idée à la minute, des rites et des rythmes. Chez lui-même le rire est fraternel.

Un Monde de la lune, d’après Le Monde de la lune de Joseph Haydn et Carlo Goldoni, musiques de Haydn, Mozart et Rossini, adaptation Mireille Quercia, mise en scène et scénographie Richard Martin, costumes Patrick Murru, ensemble instrumental Quintette à vent de Marseille, direction Ivan-Pierre Domzalski, avec Jacques Hansen, Jean Vendassi, Raphaël Bremard, Natacha Kowalski, Virgile Frannais, Emmanuelle Zoldan, Lucie Roche. Théâtre Toursky de Marseille, les 19,20,21 janvier, Théâtre Municipal de Tarascon les 28 & 29 janvier - 0820 300 033

Crédit Photo : Fred

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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