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Critiques / Opéra & Classique

Tosca de Giacomo Puccini

par Jaime Estapà i Argemí

Une histoire d’amour avec le public du Liceu de Barcelone

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Le public du Liceu a toujours eu un faible particulier pour certaines héroïnes de Giacomo Puccini. En tête viennent Mimi (La bohème) et Cio-Cio-San (Madama Butterfly), mais Floria Tosca fait aussi partie du lot. Non pas que Manon Lescaut ou Turandot lui soient totalement étrangères –comme le sont Minnie (La fanciula del west) ou Giorgetta (Tabarro)- mais elles n’ont pas connu le succès des premières, sans doute parce qu’elles ont fréquenté plus rarement les planches barcelonaises.

Le premier Colysée de Barcelone a vu se succéder une longue liste de grandes sopranos dans le rôle de Floria Tosca, et personne n’a oublié ni Montserrat Caballé, ni les performances vocales et dramatiques de Kiri te Kanawa, Gwineth Jones, Hildegard Behrens, Eva Marton, Raina Kabaivanska et tant d’autres. En revanche Régine Crespin qui incarna Tosca à la Rambla en 1966 déçut quelque peu l’auditoire.
Car l’applaudissement "licéiste" en l’espèce est conditionné à la satisfaction d’au moins deux exigences : que les trois tubes de l’opéra (dont le célèbre « Vissi d’arte ») soient bien chantés et que les lieux (les décors) où se déroule l’action soient vraisemblables. Le reste importe peu. Régine Crespin n’a pas respecté la première exigence et Robert Carsen en 2003 n’a pas respecté la seconde ; si le public, surmontant sa déception, pardonna avec élégance la diva, il fit savoir au metteur en scène sa désapprobation sans aucune ambigüité.

Trois distributions qui brouillent les cartes

Le Liceu présente cette nouvelle production avec trois distributions différentes. Certes, cela permet de faire quinze représentations en dix-huit jours et donc de mieux rentabiliser les coûts ; par les temps qui courent c’est de bonne guerre, mais cela brouille aussi les pistes, et les traces de l’évènement dans les esprits divergeront fatalement : deux "licéistes" qui parleront de la production dans trois mois ne seront pas sûrs de parler de la même chose. Même l’orchestre, obligé de s’adapter peu ou prou à tel ou tel artiste, ne représentera pas le trait d’union fiable entre les représentations.

Une direction d’orchestre de très haute volée

Le vendredi 14 mars on a vu la première distribution. Indépendamment des valeurs qu’elle présentait –on y reviendra- ce fut l’orchestre de la maison, dirigé de main de maître par Paolo Carignani qui porta la soirée dans son ensemble. Présente et discrète, soucieuse du détail, respectueuse des rythmes et presque sans pathos, la fosse a souligné les élans non-dits des personnages de façon lisible et riche, sans renoncer pour autant aux décibels pendant les moments forts et en renforçant le lyrisme poignant des dialogues entre les amoureux lors du premier et du troisième acte notamment.

Les artistes sur la scène : un équilibre presque parfait

Sondra Radvanovsky –Tosca- a réussi son examen de passage avec mention très bien. Non seulement son « Vissi d’arte » (là où le public l’attendait) a été exécuté sans encombre et sans problème, mais aussi –et surtout- elle a joué la diva amoureuse et jalouse avec conviction et sensualité, violence et douceur. Dramatiquement elle a semblé plus à l’aise avec Mario qu’avec Scarpia, mais vocalement elle s’est montrée plus sûre d’elle face au policier que face à l’artiste-peintre. Ambrogio Mastri –Scarpia- a rempli son rôle grâce à son ample et belle voix, s’appuyant sur sa majestueuse corpulence. C’est Jorge de León –Mario- qui a posé le plus de problèmes vocaux. Certes le ténor dispose de beaux aigus, un bel atout en l’espèce, et son timbre est masculin et agréable. De plus il donne l’impression de disposer d’un souffle infini, mais sa diction italienne est perfectible, il a abusé du pathos, et, pendant ses deux airs principaux il a oublié la mélodie au bénéfice des seules notes. On l’a senti bien plus sûr de lui lorsque qu’il se trouvait à proximité de Sondra Radvanovsky que lorsqu’il chantait en solo : voilà un signe de faiblesse qui ne trompe pas à l’heure de juger une performance vocale.

Valeriano Lanchas –il Sagrestano- et Valdimir Baykov –Cesare Angelotti- et Manel Esteve –Sciarrone- se sont montrés à la hauteur de leur mission et Elena Copons a été un petit berger bien espiègle. Francisco Vas quant à lui, a été qualifié à juste titre de « Spoletta de luxe » par un critique local, et pas des moindres.

La mise en scène semi-banale de Paco Azorín

La mise en scène, somme toute assez banale, a été saupoudrée de petites idées originales –Tosca se lance dos à l’abîme- mais aussi d’erreurs sur des détails, tout à fait évitables : Angelotti n’a pas pu vider le panier du sacristain caché dans les draps de protection du tableau de la Madeleine, et la procession qui clôture le premier acte a été un galimatias liturgique de premier ordre. Le décor, signé du même Paco Azorín, s’est limité à l’intérieur d’une église (Sant’ Andrea) de style vaguement espagnol ( ?), le même décor vu de dos, et sans autre aménagement, a fait office de bureau de Scarpia, et la structure renversée toujours du même décor a été sensé être, le toit château Sant Angelo. Tout cela étant à des années-lumière de l’intelligente présentation de Christian Fenouillat à Nantes (voir la critique n° 1653 du 30/09/2008) aura suffi, malgré tout, à bien situer l’action.

Tosca d’après La Tosca de Victorin Sardou. Opéra de Giscomo Puccini. Orcheste Symphonique et choeur du Gran Teatre del Liceu. Direction musicale Paolo Carignani. Mise en scène et scénographie Paco Azorín. Lumières Pascal Merat, costumes Isidre Prunès. Avec (le 14 mars 2014) Sondra Radvanovsky, Jorge de León, Ambrogio Maestri , Vladimir Baykov, Valeriano Lanchas, Francisco Vas, Manel Esteve, Dimitar Darlev, Elena Copons .

Coproduction Gran teatre del Liceu et Teatro de la Mestranza (Séville).

Gran Teatre del Liceu les 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 et 25 mars 2014.

+34 93 485 99 13, Fax +34 93 485 99 18

www.liceubarcelona.cat / Taquilles del Liceu
exploitation liceubarcelona.cat

Photos A.Bofill

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