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Critiques / Comédie & Humour

The Pianist par Thomas Monckton

par Gilles Costaz

Le maître burlesque du concert raté

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Pendant l’heure, concentrée, dense, riche en gags et en exploits techniques, que dure le spectacle du Néo-Zélandais Thomas Monckton, une question se pose : le pianiste que Monckton incarne en queue de pie, haut et fier comme un concertiste qui ne douterait pas de son génie, parviendra-t-il à jouer du piano ? Sait-il même en jouer ? Car, s’il réussit à traverser le rideau du fond de scène en passant par une étroite déchirure du tissu, il entre dans un délirant parcourt du combattant qui repousse la prestation espérée. Accumulant les gaffes et les incidents, ce champion de la malchance, ce don quichotte du concert raté en est réduit à marcher sur le piano, à glisser sur le couvercle, à tomber au sol, à reprendre le piano d’assaut, à s’accrocher au lustre, à tenter d’accéder à un clavier qui ne s’ouvre qu’au pied-de-biche, à chiffonner ses partitions pour en faire des projectiles offensifs ... Un radeau sur une mer déchaînée est moins tiré à hue et à dia que la vie de ce musicien affrontant sans répit une nouvelle catastrophe dès qu’il a triomphé d’une chausse-trappe ou d’un équivalent des bonnes vieilles tartes à la crème du cinéma burlesque d’antan.
L’art d’additionner les déséquilibres pour mieux montrer qu’on est un maître de l’équilibre vient de la pantomime du XIXe siècle et des folles embardées filmiques des Mack Sennett, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Harold Lloyd et de quelques autres prodiges du noir et blanc saccadé. Comme chacun sait, le plaisir est double pour le spectateur : il est toujours drôle de rire du malheur des autres et la performance, qui est d’une grande difficulté, nous laisse médusés. Mais, au panthéon des clowns vertigineux, les places sont rares. Il faut savoir aller plus loin que les autres et avoir sa singularité, son âme, sa façon de parler sans un mot à l’humanité. Thomas Monckton est de ceux-là. Son habileté, appuyée sur une force musculaire invisible, est sidérante. Ses attitudes, son visage respirent un étonnement attristé et la colère douce d’une victime qui ne tombe jamais dans le désespoir. En France, dans ce style, nous avons Jean-Paul Farré qui est plus dans l’absurde musical que dans l’exploit physique. Monckton rejoint les plus grands pitres de la savonneuse piste aux étoiles du rire acrobatique. Il ahurit les enfants et les grands, qui hurlent de rire. Quant à savoir si cet athlète de la cascade métronomisée sait aussi jouer du piano, puisque tout son show nous fait attendre un récital qui semble ne jamais arriver, révélons seulement que la réponse intervient à la dernière minute. Mais on peut tout attendre d’un artiste qui, dans sa partie, sait tout faire.

The Pianist de et avec Thomas Monckton, un spectacle du Circo Aereo. Mise en scène de Sanna Silvennoinen et Thomas Moncton. Son de Tuomas Norvio. Lumière de Juho Rahijärvi, costume de Kati Mantere.

Le 13e Art, 19 h (samedi 14 et 19 h), tél. : 01 53 31 13 13, jusqu’au 12 novembre. (Durée : 55 minutes).

Photo Heli Sorjonen.

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