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Critiques / Théâtre

Saluts et Applaudissements de Thierry de Carbonnières

par Gilles Costaz

Solitude du comédien

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Un comédien conte la vie d’un comédien. Est-ce la sienne ? Pas tout à fait car ce livre, Saluts et Applaudissemens, c’est le récit d’un acteur qui ne parvient pas à connaître le succès et reste dans l’ombre. Thierry de Carbonnières a, lui, travaillé avec de grands metteurs en scène et de grands réalisateurs. On le voit dans des téléfilms. Mais il n’a pas atteint tout à fait le haut de l’affiche. Le personnage de son récit, Victor, dans Saluts et Applaudissements, reste tout à fait obscur. Il travaille, il arrive à avoir le nombre de cachets qui donne droit aux ASSEDIC, mais il n’est qu’un second couteau. Il joue dans une pièce du théâtre privé, et il n’a que trois apparitions à faire. Il n’a qu’une phrase à dire : « Le taxi est garé un peu plus loin ». Mais il doit aussi embrasser la comédienne principale sur les lèvres ! Ce n’est pas un rôle glorieux pour quelqu’un qui est sorti du Conservatoire et se bat depuis des années. De temps à autre il participe à un tournage, mais on peut lui dire qu’on la fait venir par erreur et qu’il peut rentrer chez lui. Il nourrit mal, ainsi, sa femme et ses enfants. Chaque soir, il essaie de varier son jeu pour ne pas céder à la routine et croire davantage à sa partition, mais le metteur en scène n’aime pas ces variations qu’il n’a pas prévues. Un jour, la pièce s’arrêtera. Et l’acteur sera sans travail…
L’ouvrage de Thierry de Carbonnières tranche avec les livres que publient généralement les comédiens. Habituellement, on nage dans la réussite et la confraternité, l’hommage à « la grande famille du théâtre ». Ici, l’on évolue dans l’échec et dans un individualisme féroce. Victor n’est aidé par personne et n’aide personne, tant il est marginalisé par la petitesse de ce qu’il obtient et qu’il joue. Dans la troupe avec laquelle il interprète la même pièce sentimentale chaque soir, il est totalement seul. Pas de complicité, pas de verres pris en commun le soir. Victor est seul et se débat avec sa solitude. De telle sorte que le tableau du monde théâtral est cruel, mais Thierry de Carbonnières – c’est son style, c’est sa vertu d’écrivain – ne souligne rien, écrit par petites touches, sans noircir, sans commenter. Il y a, chez lui, de la tendresse déçue qui ne s’efface pas et reste suspendue devant la dureté de la vie. Dans le désenchantement même demeure un enchantement qui fait le prix de ce récit d’une grande vérité. Thierry de Carbonnières sait garder une distance pudique qui s’associe souvent à l’humour (ah ! les annonces pour comédiens qui fleurissent sur le net) et qui lui fait braquer le projecteur sur le monde du spectacle presque exclusivement. Le héros a une femme dont on ne sait rien. Seuls, les enfants sont un peu plus longuement évoqués. Solitude et pudeur…

Saluts et applaudissements de Thierry de Carbonnières, éditions Riveneuve-Archimbaud, 118 pages, 15 euros.

Photo DR.

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