Roméo et Juliette de Berlioz par le Chœur et l’Orchestre de Paris le 21 octobre
Retour bienvenu de la symphonie dramatique de Berlioz à l’Orchestre de Paris
Quand Klaus Mäkelä dirige vaillamment à la Philharmonie de Paris un ensemble très adapté dans sa fidélité à la grande et grandement variée partition.
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- 23 octobre
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DANS LE CADRE DES 50 ANS DU CHŒUR de l’Orchestre de Paris (fondé en septembre 1976), Roméo et Juliette de Berlioz revient opportunément à la Philharmonie de Paris. L’œuvre appartient bien au répertoire du chœur et de son orchestre, donnée à différentes reprises précédemment (sous les directions de Daniel Barenboim à trois reprises, de Serge Baudo et de John Nelson). Le chœur et son orchestre s’étaient aussi distingués dans nombre d’autres pages de Berlioz également enregistrées (ainsi le Te Deum, le Requiem, La Damnation de Faust, l’opéra-comique Béatrice et Bénédict, L’Enfance du Christ, mais aussi des pièces chorales comme Tristia et Le Cinq mai). C’est donc un compositeur très à son office pour cette phalange.
Quelques mots sur Roméo et Juliette de Berlioz. Il s’agit d’une œuvre de concert d’une grande originalité, alliance inédite et quasiment jamais rééditée, du récit, ou du drame, et de l’abstraction, ou la symphonie, en sept mouvements d’une magnifique inspiration musicale (sur le sujet du drame de Shakespeare). Berlioz précise dans son Avant-propos destiné au public : « Ce n’est ni un opéra de concert, ni une cantate, mais une symphonie avec chœurs. » Créée en 1839 dans la salle du Conservatoire de Paris sous la direction du compositeur, elle connut d’emblée le succès pour ensuite se perpétuer et être portée par différents compositeurs suivants (dont Mahler). Wagner, qui assista à l’une des premières exécutions, s’était manifesté ébloui, au point qu’il qualifiera Berlioz de « rédempteur de notre monde de la musique » (que « nous devons honorer » ajoute-t-il), qu’il lui dédiera sa partition de Tristan et Isolde (« Au cher et grand auteur de Roméo et Juliette, l’auteur reconnaissant de Tristan et Iseult ») et réutilisera certains thèmes de la symphonie dans Tristan (dont la phase initiale du prélude reprise de la phrase lyrique de la « Scène d’amour » de Roméo).
Bien enlevé
Dans la vaste Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, la symphonie attaque d’emblée ardemment, sous la direction vive de Klaus Mäkelä (actuel directeur musical de l’orchestre). Les mouvements, d’une texture tant variée, se succèdent sans faillir. L’orchestre (dans sa répartition circonstanciée d’époque XIXe siècle, premiers violons et seconds violons répartis de part et d’autre, avec contrebasses en second plan) déploie une sonorité adaptée, des moments d’intensité aux passages en délicatesses (bien que parfois quelque peu imprécis). Le chœur intervient tout à fait en phase, distribué en petit effectif puis en large ensemble. Quant aux solistes vocaux, eux aussi se révèlent bien en situation. Si ce n’est que Jean Teitgen, basse de juste et bon renom, souffre d’une méforme vocale due apparemment à une laryngite, qui lui vaut un manque d’éclat dans son grand aria final assorti de quelques transpositions (au point que pour le second concert donné le lendemain, nous avons été informés qu’il a été remplacé par Christopher Maltman de meilleur aloi semble-t-il). Alors que la mezzo Marianne Crebassa distille ses strophes initiales d’une belle voix pleine et d’une parfaite diction. Il en est de même du solide ténor Julien Henric pour son subtil « Scherzetto de la Reine Mab ». Et le tout s’ensuit bien enlevé. Dans l’immense auditorium, un public au comble (des 2 400 places) et très attentif, réservera au finale un triomphe enthousiaste des mieux mérités.
Illustration : photo William Beaucardet
Hector Berlioz : Roméo et Juliette. Avec Marianne Crebassa (mezzo), Julien Henric (ténor) et Jean Teitgen (basse). Chœur et Orchestre de Paris, dir. Klaus Mäkelä.
Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, 21 octobre 2026.



