Mozart à Cazouls-les-Béziers le 22 octobre

Les beaux fruits de Jean-Bernard Pommier

Dédiée à la mémoire de son fondateur, la 14e édition du Festival de Cazouls-les-Béziers s’est achevée par un concert Mozart d’une particulière ferveur.

Les beaux fruits de Jean-Bernard Pommier

L’AUTOMNE EST LA SAISON IDÉALE pour se rendre à Béziers, plus précisément à Cazouls-les-Béziers, petite ville de l’Hérault traversée par l’Orb, où a lieu chaque année, depuis 2011, un festival de musique baptisé « Piano Prestige ». L’idée en est venue au pianiste et chef d’orchestre Jean-Bernard Pommier, qui a été séduit par la beauté de l’église Saint-Saturnin de Cazouls et l’intimité qu’elle permet, laquelle église accueille l’essentiel des concerts du festival. Jean-Bernard Pommier a par ailleurs trouvé en la Fondation René Portes, dont la mission est de restaurer des pianos historiques (trente-six l’ont été au cours des treize dernières années), un partenaire essentiel ; Christian Portes, à la tête de la fondation, envisage de créer à l’avenir un concours qui porterait le nom de Jean-Bernard Pommier.

Né en 1944 à Béziers, Jean-Bernard Pommier, s’est éteint le 23 avril dernier à Boujan-sur-Libron, à quelques kilomètres de Cazouls. C’est tout naturellement que la récente édition du festival lui était dédiée, et tout naturellement que le dernier des quatre concerts inscrits au programme a permis d’entendre le Requiem de Mozart, œuvre de deuil et de consolation, avec la participation de l’Ensemble international Musikè. Il faut rappeler ici que Jean-Bernard Pommier était aussi un pédagogue hors-pair : c’est ainsi que l’Ensemble international Musikè, qu’il a fondé, réunit trente-sept jeunes musiciens d’une vingtaine de nationalités, emmenés par Rodrigo Gomes, premier violon solo depuis les débuts du festival.

Venus de partout

Entièrement consacrée à Mozart, la soirée du 22 octobre avait commencé par le Troisième Concerto pour violon joué avec un mélange d’énergie et de tendresse par Olga Martinova, violoniste née à Léningrad (devenue Saint-Pétersbourg) qui a choisi l’Occident dès 1979 et est elle-même pédagogue au sein, notamment, de l’Académie Musikè. Pour interpréter le Requiem, le festival avait invité le Cor de cambra Amalthea, que dirige Marta Mármol García : une formation venue de Valence dont on a pu goûter aussi bien la vaillance que la délicatesse, et une manière de répondre aux nuances exigées par le chef Ibrahim Yazici, qui a su faire de l’orchestre et du chœur un seul et même ensemble d’une belle homogénéité.

Familier du festival, Ibrahim Yazici est lui aussi pianiste et chef d’orchestre. Dans la petite allocution qu’il a faite avant de diriger le Requiem, il s’est humblement situé dans la position de Süssmayer, l’élève et le disciple de Mozart, face à son maître Jean-Bernard Pommier ; et c’est très logiquement qu’il a choisi la version achevée par Süssmayer du Requiem, celle qu’on entend le plus régulièrement au fil des concerts. Formé au Conservatoire d’Ankara puis au Conservatoire de Perpignan, Ibrahim Yazici est aujourd’hui directeur musical de l’Opéra d’Istanbul où il dirigera notamment, en avril prochain, l’opéra Gilgamesh d’Ahmed Adnan Saygun. À l’occasion du Requiem de Cazouls-les-Béziers, il joue la carte de la tension musicale : les tempos sont soutenus, le « Dies irae » est enchaîné au « Kyrie », un silence en revanche est ménagé avant le « Tuba mirum » afin de laisser en suspens la sauvagerie qui précède. Ibrahim Yazici avait choisi d’installer les quatre solistes entre le chœur et l’orchestre et non pas à l’avant-scène : décision judicieuse en raison de l’acoustique étonnamment favorable et peu réverbérante de l’église Saint-Saturnin. On a ainsi pu goûter les qualités propres des quatre chanteurs venus eux aussi de tous les horizons : le tempérament lyrique et la voix fruitée d’Anne Rodier, le timbre sombre de Deniz Uzun, la clarté d’Alvaro Zambrano, la robustesse d’Ivan Zinoviev.

Son fondateur n’est plus, mais le festival imaginé par Jean-Bernard Pommier continue : le programme sera désormais conjointement imaginé par Olga Martinova et Ineke Hellingman (qui conjugue les qualités d’organisatrice, mais aussi de pianiste et chef d’orchestre), lesquelles nous convaincront une fois de plus que le monde entier, au mois d’octobre, a rendez-vous à Cazouls-les Béziers.

Illustrations : Jean-Bernard Pommier ; l’ensemble des exécutants à l’issue du Requiem de Mozart (photos dr)

Mozart : Concerto pour violon et orchestre n° 3 - Requiem. Olga Martinova, violon. Anne Rodier, soprano ; Deniz Uzun, mezzo-soprano ; Alvaro Zambrano, ténor ; Ivan Zinoviev, basse ; Cor de cambra Amalthea (dir. Marta Mármol García), Ensemble international Musikè, dir. Ibrahim Yazici. Cazouls-les-Béziers, église Saint-Saturnin, 22 octobre 2026.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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