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Quoi de neuf ? Glenn Gould "remasterisé" !

par Olivier Olgan

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50 ans après son enregistrement des Variations Goldberg de Bach qui lança sa carrière discographique à 22 ans - une ultime prise de ces mêmes Variations la clôtura en 1982 - une intégrale de ses enregistrements remasterisés vient rappeler l’intime et indissociable fusion artistique et technique du pianiste canadien. Annonçant l’omniprésence de la musique enregistrée dans notre civilisation.

Lui qui considérait le disque – l’enregistrement et son mixage– comme un art à part entière aurait apprécié que son héritage d’artiste discographe bénéficie des toutes dernières technologies pour prolonger sa quête de perfection sonore, selon lui impossible en présence du public. Il prit la décision radicale et contestée le 10 avril 1964 de ne plus remonter sur scène - pour se consacrer uniquement à élaborer une véritable esthétique de l’enregistrement. « Empêcher l’usure du temps, conjurer l’éphémère de la scène (ce côté vivant, c’est-à-dire mortel, du direct), Gould visait cela, muré dans son studio, souligne Michel Schneider dans son très remarquable Glenn Gould piano solo(i). Cette intégrale de ses enregistrements remasterisés (analogiques et numériques), donne une nouvelle vie « à ce son qui EST, toujours selon Schneider, et qu’aucun adjectif ne saurait qualifier. »

Gould a fait partie de l’histoire de la reproduction sonore : le succès de ses premières Variations Goldberg en 1955 correspond, côté enregistrement, à l’adoption des bandes magnétiques trois pistes, puis quatre, puis huit (qui lui permettait de faire d’interminables ‘deuxièmes prises’ et des montages à la note près) et côté diffusion au triomphe du microsillon stéréo… En 1981, il s’enthousiasme pour l’enregistrement numérique. Ses Variations Goldberg sortiront en septembre 1982, quatre semaines avant sa mort ; elles seront aussi l’un des premiers CD dès 1984…

Septembre 2015, l’intégrale des CD remasterisés, fruit d’un travail de restauration de trois années, clôt sous sa forme de coffret une étape historique de la musique matérialisée. Place à la dématérialisation ! Elle sera disponible dés octobre 2015 sur une clé USB en haute définition et figure déjà sur les sites en streaming comme Qobuz ou Deezer….

Inlassable perfectionniste, tout ce qui touchait à l’enregistrement le concernait : des marteaux du piano Steinway qu’il faisait limer pour qu’ils soient au plus près des cordes … à la place des micros, des enjeux technologiques aux subtilités du mixage… pour réaliser sa vision musicale de façon non seulement pianistique, mais aussi électro-acoustique, « abandonnant toute illusion d’une perspective traditionnelle de salle de concert, et plaçant les auditeurs plutôt au sein de son concert » rappelle Andréas K Mayer, producteur responsable du projet de remasterisation qui a duré trois ans.

Et la réussite est totale, ce qui n’est pas toujours le cas. Le son y gagne une clarté plus précise, pénétrante à la manière d’un Vermeer captant la fraicheur de sa Jeune fille à la perle, assurant une présence toujours plus émouvante du corps de l’artiste – lui qui cherchait pourtant à se soustraire du monde - avec le jeu de sa main gauche, le travail au corps de l’instrument, enfin ses chantonnements sourds et les grincements de la chaise.

Dans ce somptueux coffret Sony (ex CBS) de 81 CD (78 disques d’enregistrements et trois disques d’entretiens du pianiste), Bach tient bien sûr la place centrale, entouré de (beaucoup) Beethoven, Haydn, Schoenberg, Mozart, Hindemith, de belles surprises Bizet et ses rares Variations chromatiques ou Siegfried-Idyll de Wagner, … peu de Brahms ou Schumann, et pas du tout de Schubert, ni de Chopin .

Tous ont été bousculés ou nourris par ses partis pris aigus parfois cruels (Mozart par exemple)…Tous sonnent magnifiquement dans un son régénéré. "On entend d’abord Gould et après les compositeurs" s’indigneront certains pour ajouter que sa vision est dépassée et que son histoire personnelle de la musique, trop iconoclaste ou réductrice. Et ils auront raison. Gould revendiquait ses vérités d’interprète, de révélateur de formes, et … de confiance à l’auditeur : « Il nous apprend à lire les lignes et à lire entre les lignes. » souligne André Tubeuf en parlant de "l’effet Gould" , dans son recueil L’offrande musicale (ii). "C’est, au sens propre, l’intelligence.

Gould ne se présente en rien, au piano, comme un intellectuel, mais comme un artisan, dont le métier, et la mission est de faire appel à notre intelligence. Les disques de Gould ont fait de la lecture du contrepoint le plus nouveau, le plus populaire, les plus palpitants des romans musicaux" Schneider va plus loin : « Ses interprétations ont la consistance énigmatiques des fictions. Quand il joue, il garde toujours le sens de l’énigme de la musique. (…) Ce qui attire irrésistiblement dans la plupart des interprétations de Gould, c’est la certitude qu’éprouve l’auditeur de se retrouver conduit en un lieu de première fois, d’assister à la naissance d’une œuvre. »

Ce que nous donne Gould sont des méditations.

Du roman, il y en a aussi dans la vie de ce personnage jamais avare d’excentricités dont il savait qu’elles construisaient son image d’éternel artiste, façonnée par les couvertures de disques - et de magazines - (compilées dans le magnifique livre qui accompagne l’intégrale). L’imaginaire autour de cette véritable icône du XXème siècle reste incroyablement intacte. Mais cela est une autre histoire.

Glenn Gould remastered
• 1 coffret de 81 CD (avec 3 cd d’interviews) et un livre de 416 pages, Sony Classical 170 € environ
• clé USB avec les 78 albums Gould en deux formats : un format haute définition 24 bit & 44 khz, et un format MP3 320 Kbps et un livret. Fin octobre - Prix NC

A lire
(i) Glenn Gould piano solo, Michel Schneider, Folio Gallimard, 1994
(ii) L’offrande musicale, André Tubeuf, Bouquiins, Robert Laffont, 2007

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