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Critiques / Théâtre

Marie Tudor de Victor Hugo

par Gilles Costaz

La reine Cristiana

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Il n’est pas certain que Philippe Calvario et son équipe (douze acteurs sur la petite scène de la Pépinière !) aient voulu jouer avec sérieux le mélodrame de Victor Hugo. Ils ont plutôt voulu s’amuser, se laisser emporter par l’exaltation d’un texte qui respire la passion et l’invraisemblance. C’est si romanesque qu’on y trouve autant de raisons d’en faire la parodie que d’en garder parfois la fidélité à l’Histoire. A Londres, en 1553, la reine Marie Tudor a un amant mais cet ambitieux a une autre maîtresse, une malheureuse sans argent, aimée d’un ouvrier. Or cette pauvre fille ignore qu’elle est la fille d’un lord exécuté vingt ans plus tôt ! Tout se déchaîne autour de ce secret : cette misérable est une noble. Les surprises et les traquenards se multiplient. L’on ne sait pas même pas, jusqu’à la dernière seconde, qui monte sur l’échafaud : le séducteur sans scrupules ou l’innocent ouvrier…
La pièce, en prose, se prend les pieds dans ses rebonds continuels. Mais elle a la force de son langage brûlant et imagé, la puissance de ses enjeux contradictoires. Les acteurs sont inégaux mais leur bonheur à se déplacer habilement et à jouer dans un si petit espace (excellent décor aux effets toujours changeants d’Alain Lagarde) est contagieux. Calvario a imprimé un rythme très sûr et incarne lui-même l’ouvrier avec une pudeur attachante. La jeune femme est interprétée par Jade Fortineau avec un pathétique très sensible. Jean-Claude Jay insuffle de l’épaisseur à une interprétation qui, autour de lui, est à base de jeunesse et d’enthousiasme. Enfin, il y a la reine Cristiana Reali qui, en Marie Tudor, s’intéresse peu au caractère autoritaire du rôle et se jette à corps perdu dans la représentation de sa folie amoureuse et vengeresse. Magnifique, elle fait flamber la soirée, dont le feu est bien agréable au premier comme au second degré.

Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène de Philippe Calvario, scénographie et costumes d’Alain Lagarde, lumière de Denis Koransky, musique de Patrick Matteis et Thomas Gendronneau, avec Cristiana Reali, Jean-Philippe Ricci, Jean-Claude Jay, Philippe Calvario (ou Benjamin Guillet), Régis Laroche (ou Piere-Alain Leleu), Jade Fortineau, Anatole de Bodinat, Stanislas Perrin, Pierre Estorges, Robin Goupil, Valentin Fruitier, Thomas Gendronneau.

La Pépinière Théâtre, 21 h, tél. : 01 42 61 44 16.

Photo Florian Fromentin.

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