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Critiques / Théâtre

Les lapins sont toujours en retard d’Ariane Mourier

par Gilles Costaz

Double vue sur les jumelles

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Une jeune femme se confie à psychologue. Sa vie semble bien sage. Mais tout s’accélère, car le récit est double : Alice parle d’elle mais aussi de sa sœur jumelle. Les deux jeunes filles n’ont pas les mêmes trajectoires. Alice ne rêve d’amant et d’enfant que prudemment, en n’allant jamais trop loin, tandis que Sandra est policière, sur le terrain des arnaques et des crimes à répétition, toujours un compagnie d’un collège abruti et aviné. Ellesz sont le jour et la nuit ! Les deux histoires se croisent et se recroisent, jusqu’à ce que l’amour ait le dernier mot, du moins on l’espère.
Ariane Mourier s’est pu, et a réussi, à opposer deux visions de la vie, blanche et noire, rose et rouge, qui correspondent avec justesse à nos pulsions d’irréalisme et de réalisme, de bonheur et de malheur. Mais elle a aussi cherché la difficulté de la virtuosité. De même que, chez Goldoni, Arlequin sert deux maîtres à la fois et doit être doué d’ubiquité, l’actrice de la pièce doit être omniprésente, et, différence de taille avec le héros goldonien, dans deux rôles opposés. C’est Ariane Mourier qui se charge elle-même des deux rôles, en se transformant à la vitesse de l’éclair : elle est, avec beaucoup de clarté, sans jamais simplifier la vérité du personnage, la jeune godiche si lente à comprendre la vie en même temps que la lutteuse qui en remontre aux hommes dans un monde majoritairement masculin. Quasiment tous ses partenaires, Cyril Garnier, Loïc Legendre, Yannick Mazzilli et Aude Roman, s’impliquent aussi dans ce délicat plaisir du double jeu où l’idiot devient intelligent et le méchant un ange adorable. Ils le font dans l’allégresse. La mise en scène de David Roussel suit ce principe de vitesse et de métamorphose avec une transformation constante de l’espace, un jeu toujours nerveux, des lumières et des sons très coups de poing. La comédie n’est pas toujours au même niveau, en raison de facilités, de blagues attendues et de stéréotypes. L’objectif est de faire rire avant tout, et l’on rit beaucoup. Il y a un véritable auteur en Ariane Mourier, qui est aussi la brillante interprète de son texte.

Les lapins sont toujours en retard ! d’Ariane Mourier, mise en scène de David Roussel, scénographie de Sarah Bazennerye, lumières de Denis Koransky, avec Cyril Garnier, Loïc Legendre, Yannick Mazzilli, Ariane Mourier et Aude Roman.

Les Béliers parisiens, les mercredi et jeudi 20 h 45, les vendredi et samedi 21 h, le dimanche 15 h, tél. : 01 42 62 35 00.

Photo Ariane Cyril.

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