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Critiques / Théâtre

Les Ratés de Natacha de Pontcharra

par Gilles Costaz

Les damnés de la terre

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Des jumeaux sont nés « ratés ». C’est-à-dire laids, pas présentables, dérangeants, avec une tête de rat. En compagnie de leur père qui les tient dans ses bras, les écoute et les rassure, ils se racontent. Pas facile, leur vie. Vraiment pas facile. On cache ces humains avec une faciès de rongeur, on leur met des capuches, on les fait travailler à des heures où ils ne sont pas vus par la foule, on les met sans cesse sur la touche. Damnés de la terre, ils souffrent, ils ont besoin d’amour. Cela pourrait mal finir. Oui, ça pourrait mal finir…
Le spectacle de la compagnie Roquetta est, depuis quelques années, un succès. Il a fait un triomphe deux années de suite au off d’Avignon, il a beaucoup tourné à travers la France. Il n’avait été présenté que brièvement à Paris. Le voilà au Lucernaire, pour une vraie série de représentations. Il a changé. L’un des créateurs, Jean-Paul Vigier, n’est malheureusement plus de ce monde. La troupe a repris et repensé sa traduction de l’œuvre de Natacha de Pontcharra – l’un des textes les plus forts de cet auteur important. La mise en scène de Fanny Malterre place les trois protagonistes sur trois tabourets, dont ils ne s’échappent guère. Elle les isole du monde, tels que sont les miséreux de nos sociétés, repoussés par ceux qui vivent sans problèmes et blottis l’un contre l’autre. Elle les saisit dans leur vérité, burlesques dans notre regard, bouleversants dans notre âme. Jean-Yves Duparc incarne le père dans la bienveillance et une joie continue. C’est très juste, cette mise en lumière de la bonté aveugle : le père ne verra jamais le tragique ni la tragédie. Jean-Christophe Allais est l’un des ratés : il est l’enfance, l’innocence dans le bien et dans le mal. Formidablement attachant. A l’opposé, Rainer Sievert, qui joue l’autre raté, développe l’ambiguïté, crée avec finesse un personnage inquiétant, capable de donner de l’amour et d’en recevoir, mais aux frontières de l’animalité. Ces trois personnalités composent un trio subtilement dissemblable et admirablement harmonieux. Dans la délicate direction de Fanny Malterre, ils donnent un moment de théâtre exceptionnel, fascinant comme un tableau de Francis Bacon. Foudroyant même.

Les Ratés de Natacha de Pontcharra, mise en scène de Fanny Malterre, costumes de Delphine Caposella, lumières de Stéphane Baquet, musique de Manuel Langevin, avec Jean-Christophe Allais, Jean-Yves Duparc, Rainer Sievert.

Lucernaire, tél. : 45 44 57 34, jusqu’au 21 mars. Texte aux éditions Quartett. (Durée : 1 h).

Photo Mairie de Villepinte, service.com

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