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Le rire ne doit pas être mis à l’index !

par Gilles Dumont, Johanne Brien

Christian Massas, Directeur artistique de la Cie Amédée Bricolo

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Vous êtes clown et vous dirigez la Compagnie Amédée Bricolo. Pouvez-vous nous présenter votre compagnie ?

Nous revendiquons un spectacle populaire, un théâtre burlesque.
Dans notre travail, nous cherchons à trouver une euphorie proche de l’humour joyeux de notre enfance. C’est une optique que nous avons choisie il y a presque 30 ans. Nous rencontrons un public très vaste et réunissons toutes les générations sur un rire commun. Nous nous considérons un peu comme des chercheurs. Avec notre travail, nous souhaitons surprendre et étonner le public. Nous considérons que rassembler un public hétérogène autour d’une même forme artistique est une action très forte. Nous avons d’ailleurs pour principale ambition d’aller vers les 96% de français qui ne vont pas au théâtre.


Quelle place donnez-vous au rire dans le spectacle vivant ?

Le rire doit avoir toute sa place dans le spectacle vivant à côté des autres formes théâtrales. Aujourd’hui, je considère que ce n’est plus le cas. Le rire au théâtre est attaqué. Je constate une mise à l’index de l’humour de la part de gens qui ont le pouvoir culturel en France. Autrement dit, le rire devient suspect !
Au 15 ou au 16ème siècle, en régentant l’ordre les choses, l’Eglise a elle aussi rendu le rire suspect. Elle en a fait un pêché. Aujourd’hui, la norme est imposée par les penseurs politiques.

Certaines personnes nous disent qu’avec le rire, l’humour, nous tentons de distraire les gens et de les éloigner des préoccupations graves de notre monde. Pourtant, un homme équilibré a besoin de rire, tout comme il a besoin de pleurer. Ne considérons pas la tragédie comme la seule émotion que puisse ressentir un homme. Je veux citer Meyerhold, grand praticien et théoricien du théâtre des années 20 et 30 en URSS qui a écrit : “quand le théâtre oublie l’acteur comique populaire, il oublie l’essence même de la théâtralité”. Molière a eu également toutes les peines du monde à imposer son travail face aux censeurs religieux de son époque. Nous avons choisi de défendre le sourire, le partage et le rire qui nous semblent être très importants pour l’humanité. Il ne s’agit pas de devenir inconscient, ni de manquer de lucidité, mais de montrer qu’avec le rire nous pouvons mieux aborder les problèmes actuels.

Comment expliquez-vous cette situation ?

L’image du spectacle d’humour se dégrade et un amalgame est fait. C’est vrai que toute une catégorie de rire s’appuie sur la méchanceté, la moquerie ou bien encore sur un rire “ciblé”. Il ne faut pas pour autant mettre tous les rires dans le même panier. Personnellement, les histoires belges, les histoires sur les homosexuels, les noirs ou les arabes ne m’ont jamais fait rire. Le rire télévisuel tel que nous le connaissons peut lui aussi expliquer ce phénomène. Il divise le public en le ciblant. Les saucissonneurs de l’audimat ont créé des produits qui correspondent à des tranches d’âge précises.

Actuellement, le rire et l’humour sont une façon de donner aux gens ce qu’ils ont envie de voir ou d’entendre, de céder à la facilité et d’être démagogique. Il n’y a plus alors ni le plaisir ni le risque de la rencontre entre l’artiste et les spectateurs. C’est une messe pour les croyants. Si j’étais curé, je voudrais plutôt réussir à faire la messe pour les non-croyants.
Notre travail devient ainsi plus exaltant lorsque nous nous produisons dans des villes où nous sommes inconnus du public. Nous avons tout à faire et tout à créer avec la mécanique du burlesque. Nous gagnons notre public par surprise, en lui faisant découvrir notre univers et notre humour. Nous ne sommes pas très connus, mais nous découvrons, avec bonheur, qu’à chacune de nos représentations, il est possible de réunir un public d’âge et de condition différents. Aujourd’hui, il est temps de trouver un rire médium qui rassemble le public et non qui le divise.

Vous ressentez le besoin d’affirmer votre choix ?

Il est arrivé qu’on me dise que le rire au théâtre n’intéressait pas et que les gens en avaient assez de rire. Il y a un amalgame qui est fait et qui est dangereux. Nous avons souvent le sentiment que certaines personnes considèrent le comique comme du sous-spectacle, du sous-art. Nous ne faisons pas que du théâtre burlesque, nous avons également des spectacles sur des rires intérieurs, des rires muets, des rires graves. Nous avons un spectacle sur la mort “Nécromédie” qui est un burlesque sérieux où l’on peut rire aux éclats et puis d’un seul coup se serrer les viscères.
Nous devons prouver par notre travail que nous apportons un rire salvateur, un rire neuf. Dans le programme culturel d’une saison, d’une ville, je pense qu’il est possible de présenter 30% de spectacles d’humour. Le rire apporte une espérance et ne doit pas être vécu de façon culpabilisante. C’est à nous de prouver notre utilité par notre travail.

http://www.amedee-bricolo.org

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