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Critiques / Théâtre

Faisons un rêve de Sacha Guitry

par Gilles Costaz

L’après-midi d’un faune et ce qui s’ensuit

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Le théâtre de Guitry est fait pour être détesté par notre époque. Pourtant, tout un public l’adore et en veut encore et encore. C’est vrai que, chez lui, le machisme ne parvient pas à se dissimuler sous la joliesse : les femmes sont bien souvent de jolies plantes d’appartement ou des animaux futiles qui changent de partenaire ou de bijou selon l’humeur. Mais, toutes porteuses de cette vanité masculine qu’elles soient, les pièces sont malicieuses, drôles, faites d’inattendu, dans un bonheur d’écriture narcissique mais contagieux. Faisons un rêve, dont Nicolas Briançon propose une nouvelle mise en scène, est l’une de ses œuvres les plus séduisantes, parce que c’est une comédie circulaire. Le spectateur a l’impression d’en écrire la boucle en même temps que l’auteur.
Une femme mariée vient, en compagnie de son époux, rendre visite à un célibataire hédoniste qui ne veut surtout pas se faire prendre au piège du mariage. Mais la jeune femme a tant de charme, son mari est si bête (et pas franchement fidèle, non plus) et les flèches de l’amour partent si vite que la belle et le galant homme se moquent sans tarder d’un époux voué à être trompé et de convenances assez peu respectées dans le XVIe arrondissement de Paris – cela se passe, en effet, autour de l’avenue Foch. A l’après-midi d’un faune succède la nuit de deux faunes affamés…
Sur les murs il y a des van Dongen, des Matisse, des Picasso, des Vuillard… Ce doit être des faux ; sinon, le théâtre de la Madeleine aurait été cambriolé dès la première ! Le principe de la mise en scène de Nicolas Briançon est là : la volupté. Volupté des toiles, volupté des moments immobiles et volupté des mouvements amoureux. Lui-même dans le rôle principal, en veste brodée ou en peignoir, il incarne un séducteur d’un cynisme joyeux et pourtant tendre. La fameuse scène du premier acte, où le héros imagine le déplacement de l’héroïne dans les rues de Paris, est jouée avec une jubilation où se reflète toute la gourmandise sensuelle d’une époque et d’une classe sociale. Briançon trouve parfaitement le point où immoralisme et innocence se dissolvent dans la philosophie du plaisir. Marie-Julie Baup, habillée et coiffée en gravure de mode, est tout à fait craquante dans la prise en main d’un personnage qui évolue sans cesse, passant d’une ingénuité provisoire à un épicurisme assumé. Face à un partenaire au langage très prolixe, elle sait être parlante avec son texte de moins d’importance et sa façon d’être vive et intense pendant ses nombreux silences. Quant au mari cocu à l’accent marseillais, il est interprété avec truculence par l’excellent Eric Laugerias qui, à force d’être le roi des seconds rôles, est devenu un comédien de premier plan. Enfin, sans le rôle du domestique, Michel Dussarat est chargé d’ajouter des gags et des effets : l’affaire paraît trop préméditée mais le fou lâché à la fin de chaque scène, c’est Dussarat, et Dussarat, ce n’est pas rien !
Etait-ce vraiment la « Belle Epoque » ? On en doutera. Mais le spectacle de Nicolas Briançon en a retrouvé pleinement le goût acidulé.

Faisons un rêve de Sacha Guitry, mise en scène de Nicolas Briançon, décor et costumes de Pierre-Yves Leprince, musique de Gérard Daguerre, lumières de Franck Brillet, avec Nicolas Briançon, Eric Laugerias, Marie-Julie Baup, Michel Dussarat.

Théâtre de la Madeleine, 19 h, tél. : 01 42 65 07 09. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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