Du 18 au 28 mars, lundi au vendredi 20h30, samedi 17h30, Les Plateaux Sauvages, 5 rue des Plâtrières, 75020.
Fouiller, bercer pompier, écriture et mise en scène Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi.
Une plongée dans l’intime sous les airs de Scarlatti.

Le spectacle s’appuie sur le miroir qu’offre une plongée dans l’Histoire personnelle d’un jeune chanteur (illustrant l’infinitif « Fouiller ») et l’oratorio « Il primo omicidio » de Domenico Scarlatti. Le meurtre de Caïn par Abel en est la trame apparente. Octave doit jouer Caïn, rôle de soprano souvent dévolu à un contre-ténor mais il va au fur et à mesure de la représentation jouer tous les rôles, d’ Eve, sa mère et sur des registres bien plus graves Abel et Dieu en personne.
Olivier Debbasch dont Octave est un double fictif a eu l’idée du spectacle après un atelier de la Manufacture de Lausanne dirigé par Edouard Louis sur les violences intra-familiales. La mise à distance nécessaire à la transposition dramatique est fournie par la musique de la pianiste Ariane Dumont-Lewi. Fouiller et bercer illustre le duo où la pianiste incarne le deuxième infinitif, en jouant le rôle de professeur et de soutien maternel du jeune chanteur timide et qui se fie plus à son instinct qu’à une technique qu’il ne maitrise pas.
Le déroulé dramatique suit le livret de l’oratorio alternant scènes chantées et expliquées de la Bible et plongée dans la psyché et les souvenirs de l’apprenti chanteur. Celui-ci est ostensiblement repris par la pianiste qui précise les rythmes, les intonations autant que l’accentuation de la langue italienne.
Sur le plateau nu, se succèdent quelques belles images égrenant la fable sacrificielle : un tombeau au lit de paille, un masque en tête d’agneau, un tissu argenté pour incarner Eve, la mère qui ne veut pas prendre parti entre les deux frères. Les adultes et Dieu le premier n’ont pas le beau rôle et couvrent les agissements du frère violent. Octave marque sa différence apparaissant dans un maillot de bain féminin alors qu’un maitre- nageur lui enjoint d’être moins timoré, de faire le mâle comme son frère.
Outre que le thème de la difficulté à affirmer son homosexualité dans un milieu familial hostile est fréquemment mis en scène, les deux jeunes comédiens appuient beaucoup leur jeu comme pour se rassurer. La musique évidemment et l’humour apportent un contre-point et une fraicheur inédite. Des personnages croqués sans pitié du maitre-nageur beauf aux parents incertains et un frère devenu pompier héroïque, clin d’œil à une symbolique enfantine de l’imaginaire viriliste.
Le grand frère pourrait-il se racheter en choisissant un métier d’entraide ? Le monde n’est pas aussi manichéen que celui de la Bible, l’amour et la jalousie sont des sentiments ambivalents et mouvants dont on n’a pas fini d’explorer les méandres.
Le meurtre de Caïn est interprété par l’anthropologie comme la lutte entre deux modes de vie, l’un sédentaire, l’autre pastoral, le transposer comme le sacrifice de la part féminine de l’humanité, pourquoi pas.
Une performance acidulée et plaisante, qui devrait gagner en évitant quelques effets insistants.
Le temps fera son œuvre de polissage
Louis Juzot
Fouiller, bercer pompier, écriture et mise en scène Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi, scénographie Mélissa Rouvinet, costume Clément Desoutter, masque Jean Ritz, lumière Billy Rambaud, travail vocal Elodie Fonnard, avec Olivier Debbasch Ariane Dumont-Lewi. Du 18 au 28 mars, lundi au vendredi 20h30, samedi 17h30, Les Plateaux Sauvages, 5 rue des Plâtrières, 75020, Tél : 0183 75 55 70 , info@lesplateauxsauvages.fr
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez



