Accueil > FRA DIAVOLO de Daniel François-Esprit Aubert et Eugène Scribe

Critiques / Opéra & Classique

FRA DIAVOLO de Daniel François-Esprit Aubert et Eugène Scribe

par Caroline Alexander

Plaisir d’une musique en bulles irisées

Partager l'article :

Sur la lancée d’un programme destiné à rendre à l’Opéra Comique les trésors de son répertoire, Jérôme Deschamps affiche et met en scène Fra Diavolo d’Auber, fleuron de la musique française du 19ème siècle qui connut un triomphe comptabilisant pas moins de 900 représentations rien qu’à Paris.

Auber (1782-1871) était alors un maître incontesté, chef de file de la musique française de son siècle, jumelant sa carrière de compositeur avec celle de diverses et brillantes charges administratives, il était aussi, paraît-il, le musicien le mieux payé de France. Ce qui ne lui ôta jamais le sens de la mesure ni celui de l’humour. Pour nos voisins de Belgique il était aussi d’une certaine façon un père, sa Muette de Portici représentée le 25 août 1830 au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, ayant entraîné des émeutes et une révolution qui aboutit à la création de la nation.

Des bulles aussi légères qu’irisées

Fra Diavolo/Frère Diable, bandit de grand chemin, détrousseur de bourses aristocratiques ou bourgeoises, grand charmeur mais vilain garnement sans foi ni loi, illustre parfaitement le genre musical appelé opéra comique où les dialogues parlés alternent avec les arias chantées. Chez Auber et Scribe, son librettiste, ce mariage des mots, des notes et des facéties débouche, si on peut dire, sur un champagne sonore aux bulles aussi légères qu’irisées. Tout pétille dans cette partition même les tambours quand ils sont sensés annoncer une charge militaire. Le jeune chef Jérémie Rohrer, sacré révélation musicale 2008 par le syndicat de la critique musicale, sert admirablement cette mousse frémissante, menant les musiciens du Cercle de l’Harmonie du bout de sa baguette, pour ainsi dire sur la pointe des pieds, vers toutes les délicatesses, joliesses et envolées faussement martiales d’une partition qui ne cherche qu’à divertir.

Jeu à l’ancienne des chanteurs-comédiens

Le plaisir vient de la fosse, sur scène il ne passe pas grand-chose, banalité des décors et des costumes, jeu à l’ancienne des chanteurs-comédiens exécutant leurs numéros face au public comme au bon vieux temps. Jérôme Deschamps veut manifestement retrouver et réanimer les recettes du genre, sans les déranger, sans en bousculer les us et coutumes, laissant au vestiaire les fantaisies débridées de ses Deschiens. Etrange retenue qui aujourd’hui prend un air d’autant plus muséal qu’on a pris l’habitude des joyeuses facéties de la compagnie Les Brigands ou de la verve d’un Laurent Pelly détroussant Offenbach. 

Charme et élégance de Kenneth Tarver

Les interprètes pâtissent d’un manque de direction, seul le jeune ténor new yorkais Marc Molomot réussit à faire du Lord grugé, un personnage bouffon qui rappelle les silhouettes des laissés pour compte des Deschiens justement. En Zerline Sumi Jo vocalise et roucoule tant et plus, la Lady de Doris Lamprecht est trop bien élevée, le Lorenzo d’Antonio Figueroa est pataud mais chante avec conviction. Reste, en beau lot de consolation, le rôle titre, l’enfant du diable qui transforme la bonne auberge en repaire de brigands, le charme, l’élégance et le timbre clair de Kenneth Tarver. Scribe et Auber le condamne à mort pour ses frasques et quand il s’écroule on en est tout triste !

Comme pour Zampa d’Hérold (voir webthea du 12 mars 2008), l’Opéra Comique se démultiplie en manifestations annexes, corollaires variés avec le sujet principal : exposition « Auber, musicien capital(e) », colloques, concerts, cinéma (Fra Diavolo/The devil’s brother avec Laurel et Hardy), chansons, lectures, « rumeurs » de toutes sortes , pour grands et petits spectateurs (programme détaillé sur www.opera-comique.com )

Fra Diavolo ou l’Hôtellerie de Terracine de Daniel François-Esprit Auber, livret d’Eugène Scribe, orchestre du Cercle de l’Harmonie, direction Jérémie Rohrer, chœur Les Eléments, direction Joël Suhubiette, mise en scène Jérôme Deschamps, décors Laurent Peduzzi, costumes Thibaut Welchlin, lumières Rémi Nicolas. Avec Kenneth Tarver, Sumi Jo, Antonio Figueroa, Doris Lamprecht, Marc Molomot, Vincent Pavesi, Thomas Dolié, Thomas Morris.

Coproduction avec l’Opéra Royal de Wallonie de Liège en Belgique.

Opéra Comique, les 27, 29, 31 janvier, 2 & 4 février à 20h, le 25 janvier à 16h.

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.