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Critiques / Théâtre

Couple de Gilles Gaston-Dreyfus

par Gilles Costaz

Guerre des sexes

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Ce fut l’un des événements de la dernière saison du Rond-Point : Gilles Gaston-Dreyfus, fort connu comme comédien, moins connu comme auteur, s’affirmait, avec Couple, comme un écrivain à l’écriture fracassante. Bernard Murat et le théâtre Edouard VII accueillent ce spectacle, avec clairvoyance. Et courage : la pièce est fort comique mais nullement reposante. La guerre des sexes y est représentée en pleine fureur. Un couple de bourgeois aisés se parle jour après jour dans son salon. Ils parlent d’un procès, de théâtre, des voisins… Les scènes semblent se ressembler. A plusieurs reprises, la femme dit à l’homme : « Tu n’as pas besoin de me tuer pour me quitter ». L’homme répond : « Si ». L’idée de meurtre ne cesse de tourner dans la tête de chacun. Le mari semble un moment le plus violent, mais l’épouse le rattrape rapidement en devenant d’une folle férocité. S’aiment-ils ? Se haïssent-ils ? Jouent-ils à s’aimer ou jouent-ils à se haïr ? Rien n’est clair, définitif. Les clichés et les mots explosent. Mais rien n’est joué, en fait. Le dossier de l’amour est sans cesse à remettre en jeu.
Telle qu’elle est incarnée, la pièce est sans cesse surprenante, avec sa construction en espoirs déçus et en paliers de brutalité de plus en plus élevés. Mais, si les mots sont terribles, les gestes peuvent être tendres, tandis qu’un téléviseur, parfois, propose un programme qui décale cet impitoyable dialogue conjugal. Anne Benoit sait être à la fois la puissance de la sauvagerie et le mystère de la tendresse. Gilles Gaston-Dreyfus lui oppose un jeu fait de ruse, de lâcheté, d’habileté et de raisonnement, toujours subtilement sinueux. Au final de ce match rien n’est réglé, sauf notre plaisir de spectateur, peu habitué à être cogné avec un tel talent, si insidieux, en un ring où l’espérance va renaître au plus noir de la noirceur.

Couples de Gilles Gaston-Dreyfus, collaboration artistique de Gilles Kneusé, décor de Nicolas Sire, lumière de Fabrice Combier, costumes de Carine Sarfati, son de Jean Croc, avec Anne Benoit et Gilles Gaston-Dreyfus.

Théâtre Edouard VII, 19 h, tél. ; 01 47 42 59 92. Texte aux édition Naïves. (Durée : 1 h 10).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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