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Critiques / Opéra & Classique

Cachafaz de Oscar Strasnoy et Copi

par Caroline Alexander

Les charmes ivres d’un opéra cannibale

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La faim et la peur du gendarme épuisent le conventillo « Medio-Mundo » (Demi-Monde), le quartier des plus pauvres d’entre les pauvres des faubourgs de Montevideo en Uruguay. Face à Buenos Aires capitale d’Argentine et du rêve de tango. Cachafaz, le « pardo », le métis, voleur à la tire poursuivi pour avoir chipé un saucisson et Raulito, son travesti d’amant n’en peuvent plus de misère et de disputes codées. Harcelé, Cachafaz tue sans le vouloir le policier venu l’arrêter. Les ventres sont vides, le cadavre va les nourrir et nourrir les voisins, leurs parents, leurs enfants… Un commerce s’installe, clandestin, à base de jambons de chair humaine…

Le titre, le sujet, les dialogues sont tirés de l’une des dernières pièces de théâtre de Copi (1939-1987), le singulier auteur d’une série de très singulières créations, romans, nouvelles, dessins, pièces de théâtre. Un monde glauque et poétique, marginal et absurde, vacillant sur le fil d’un imaginaire déclassé. Cet univers si étrange et si tendre a été happé, habillé par la musique d’un compositeur qui littéralement se fond en lui : Oscar Strasnoy, franco argentin lui aussi, né en 1970, a trouvé les sonorités irrévérencieuses qui collent aux merveilleuses dérives de Copi, une musique à la fois classique, baroque, sentimentale et parodique. Il y invite, en clins d’œil rapides, Verdi (La Force du Destin), Puccini (Tosca) Mozart (quelques mesures de l’Air du Catalogue…), des chansons des rues, des tangos chaloupés. Il a tout compris.

Le plus doux, le plus insaisissable des Argentins de Paris

A l’aube des années soixante dix, Copi faisait partie d’une sorte de fronde exotique spontanément constituée par un groupe qu’on a appelé les Argentins de Paris. Tous différents, tous pétris de talents inédits : Victor Garcia, Jorge Lavelli, Jérôme Savary, Alfredo Arias… Le frêle Copi était le plus doux, le plus insaisissable d’entre eux. Dessinateur, père de La Femme Assise qui chaque semaine, dans le Nouvel Observateur, dialoguait avec un improbable rat ou volatile. Eva Peron les Quatre Jumelles, L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer furent au théâtre des succès insolites.

A la lecture de Cachafaz, trouvé par hasard « dans les bacs cendreux de la rue des Ecoles », le pianiste et compositeur Oscar Strasnoy (le Bal, Un retour, Heine).communiqua son enthousiasme au metteur en scène Benjamin Lazar, l’homme de la résurrection des spectacles éclairés à la bougie, joués, chantés, dansés comme au temps de leur création. Qui communiqua le même enthousiasme à Geoffroy Jourdain, chef d’orchestre, créateur de l’ensemble vocal « Les Cris de Paris ». Ainsi naquit la « tragédie barbare » Cachafaz créé en novembre au Théâtre de Cornouaille à Quimper, puis de passage à Paris à l’Opéra Comique, son coproducteur, pour deux représentations au cœur d’une tournée qui, au gré de ses formidables qualités devrait pouvoir s’allonger.

Marc Mauillon en travesti époustouflant

Car, sous la direction pointue de Geoffroy Jourdain à la tête de l’Ensemble 2e2m, le spectacle est riche, de sons, de couleurs, d’émotions dans les décors en trompe –l’œil d’Adeline Caron, sa fausse porte et son fatras de chiffons jonchant le sol. Juchés sur leurs balcons branlants, les voisins, voisines interprétés par le chœur interviennent entre rage, lâcheté et opportunisme. A terre le policier promène sa bedaine, tandis que les deux anti-héros, crus de vocabulaire, nus de désespoir, confient leur amour maudit aux anges de la mort. Deux spécialistes du baroque se partagent les deux rôles, le baryton argentin Lisandro Abadie est Cachafaz, le macho veule et Marc Mauillon, baryton martin français capable de s’inventer des aigus de contre-ténor s’approprie le personnage de Raulito, le travesti. Hanches dansantes, jeu de cocotte, en talons aiguille et décolleté vertigineux, il est époustouflant tout simplement

Cachafaz d’Oscar Strasnoy et Copi, conception et mise en scène Benjamin Lazar, ensemble 2 E2M direction Geoffroy Jourdain, décors Adeline Caron, costumes Alain Blanchot, lumières Christophe Naillet. Avec Lisandro Abadie, Marc Mauillon, Nicolas Vial et le chœur de chambre Les Cris de Paris .

Créé le 5 novembre au Théâtre de Cornouaille à Quimper.

Joué à l’Opéra Comique de Paris les 13 & 14 décembre 2010.

En tournée, du 9 au 12 novembre à Rennes/Théâtre National de Bretagne.

Le 9 décembre : Théâtre Musical de Besançon

Le 11 janvier : Maison de la culture de Bourges

Le 20 janvier : Opéra – Théâtre de saint Etienne

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