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Critiques / Théâtre

André Sauvé

par Gilles Costaz

Un grand du Québec

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André Sauvé enchante des milliers de spectateurs au Québec. Il n’est connu à Paris que d’un public restreint. Cela pourrait changer un jour : en tant qu’amuseur haut de gamme, Sauvé est à mettre tout en haut de la pile. « Je suis conscient de ce que je ne vous dis pas quand je vous dis », lance au début de son show cet elfe mince comme un cheveu mais paré – précisément – de cheveux abondants qui enveloppent un cerveau toujours en ébullition. Car le drame (comique) qu’il met en scène, c’est « le trop de conscience, le trop de pensées ». Comment profiter du plaisir de la réflexion et de la vie quand vous pensez déjà à l’idée suivante sans avoir lâché l’idée précédente ou quand vous êtes dans une volupté présente que vous gâche la volupté prochaine mais déjà perceptible ?
Le comique d’André Sauvé est cérébral, mais il l’accommode à des situations concrètes. Il vous parle de ses vacances infernales au bord de la mer (il est plus gêné par le bruit de la vague qui va arriver que par le fracas de celle qu’il entend !), de la place de l’eau chaude et de l’eau froide dans la composition de ses douches matinales, des extrémités d’une planche (les bouts qu’il prononce les bout’), de l’art de construire une cabane aux moineaux… Chemin faisant, il se contorsionne sur un canapé comme ses concepts se démultiplient dans sa tête. Car ce très intelligent analyste de l’intelligence est aussi un acteur physique qui joue avec son visage et son squelette.
Il ne vient pas, comme d’autres Québécois, de la forêt ou de l’antique parler normand contaminé par le joual. André Sauvé est un moderne, qui s’inscrit dans un monde et une culture traversés de névroses et de vitesse. Il garde quand même, comme des gourmandises, des acquis de son enfance – tel ce poème « Comme la neige a neigé ! » avec lequel il joue. Pour le public français, il se plaît à mettre en parallèle les jurons de là-bas (« Tabernacle ! ») et les injures des loubards de la banlieue parisienne. Comme on l’aime, ce rieur qui ne rit pas en scène, d’avoir « trop de pensées » !

André Sauvé, texte et jeu d’André Sauvé, mise en scène de Pierre Bernard et Michel Ledoux.

Mathurins, les vendredi et samedi à 21 h, le dimanche à 17 h, tél. : 01 42 65 90 00 et 01, jusqu’au 17 avril. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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